Texte inédit de Chlotilde Rastignac

Retrouvez en exclusivité un texte inédit de Chlotilde Rastignac auteure de Confessions d’une prostiputescorte.

Bonne lecture !

Inversons les rôles

Partie 1

 » Ne débarrassez pas la table, à moins que les hommes ne se lèvent pour le faire aussi ». Coco Chanel

Ce matin, je me réveille à 7h, nous sommes un lundi. Ma femme Karine est réveillée depuis une demi heure déjà, afin de préparer le petit-déjeuner de nos enfants, Luce et Paul. Je m’appelle Eric, j’ai 43 ans et je vis à Paris. Je suis directeur commercial chez Phonetel. Tout a été vite et bien dans ma vie, je me suis marié il y a 15 ans, j’ai gravis les échelons après mon master II en droit des affaires, puis mon école de commerce. J’ai réussi comme on dit, et je fais partie désormais de ceux qu’on appelle les  » + de 10K ».

J’ai rencontré ma femme sur les bancs de la faculté, mais elle n’a été que jusqu’au Master, nous n’avions pas les moyens alors de payer deux écoles privées, c’est moi qui y ai été, cela va de soi. Et je ne pense pas que les femmes aient vraiment l’envie ou le besoin de faire des carrières. Travailler, certes, car elles s’occupent ainsi, et c’est rétrograde de les laisser au foyer, mais certainement pas à des postes de dirigeantes, et elles ont bien plus d’absentéisme que nous, c’est bien prouvé. 

Je bois donc mon café en compagnie de mes enfants et de ma conjointe, toujours jolie malgré le temps qui passe. Il est vrai que je ne suis pas tellement à plaindre, elle fait beaucoup de sport pour s’entretenir malgré la quarantaine. Je vois certaines de ses copines qui ne se sont jamais remises de leurs multiples grossesses, avec des silhouettes bien alourdies. 

Karine fait un peu la tronche, car hier soir, je lui ai expliqué, alors qu’elle se refusait à moi, qu’un homme avait des besoins à satisfaire, et je lui ai fait sentir mon érection contre son corps. Madame est soi-disant tout le temps fatiguée. Je le suis moi, alors que je travaille plus qu’elle? Boh, ça lui passera…

Je me lève, et lui propose de lui faire tourner son lave-vaisselle, elle accepte. Je l’aide un peu dans ses tâches, parfois, c’est ce qu’on appelle la parité, non? 

Je me prépare gentiment, puis je file au boulot. Je prend le métro, car il y a trop d’embouteillages. il faut dire que, depuis qu’ils ont mis Hidalgo à la Mairie de Paris… Je ne pense pas qu’une femme puisse avoir ce genre de responsabilités, sauf certains postes qui devraient leur être dédiés de plein droit, comme la parité par exemple, ou certains secondaires comme la culture, ou pourquoi pas les sports… 

Dans la rame, une jeune fille est assise en face de moi. Elle est bien mignonne avec sa petite jupe. Un gars s’assoit à côté d’elle, et commence à l’accoster, elle se rebelle, elle me supplie du regard. Le type devient menaçant, il est vrai, mais chacun ses problèmes, n’est-ce-pas? Et puis, on ne m’enlèvera pas de l’esprit que, si une nana ne veut pas se faire draguer, elle se couvre un peu plus dans sa tenue vestimentaire. 

J’arrive au siège de l’entreprise, ma stagiaire m’a préparé le rapport pour que je le rende à la réunion de 10 h à nos principaux clients. Elle bosse bien, elle aura de l’avenir, cette petite. Mais… Elle pourrait mettre des talons, il faudra que je le lui explique, ça fait mauvais genre devant nos interlocuteurs. 

La réunion démarre, et ces messieurs me font part de leurs impératifs au niveau de leurs attentes en ce qui concerne la téléphonie pour leurs salariés. Je suis vite gonflé, mais je dois faire bonne figure. Je suis songeur, car je pense à mon rendez-vous de ce midi. 

L’heure du déjeuner arrive enfin, et j’ai rencard avec Julie. C’est une nénette que j’ai contacté sur Tinder, ses photos m’ont terriblement excité et j’ai bien envie de me la faire. Je la rejoins au Procope, le restaurant des révolutionnaires. Elle a 26 ans, en doctorat d’Histoire, ça lui donnera l’occasion de me faire part de se culture générale. 

Elle a une petite robe bien sexy, je suis certain que cette cochonne porte des bas en-dessous, j’ose espérer au prix où me coûte le repas! Je ne suis pas un goujat et je lui fais l’honneur de l’amener manger avant, pas comme tous les petits jeunes qu’elle doit fréquenter habituellement et qui n’en ont simplement pas les moyens. 

Elle me parle d’elle, je fais semblant de l’écouter, elle me dit qu’elle est ravie de tomber sur un homme divorcé et qu’elle espère enfin rencontrer le bon avec moi. J’espère que la marque de mon alliance ne se voit pas trop! 

Je lui caresse la cuisse au moment du dessert et lui explique que j’ai réservé un hôtel pas loin, et que nous n’avons qu’a y aller. Elle se montre hésitante… Ah non, ma belle, tu t’imagines bien qu’au prix où ça m’a couté, ce n’est pas pour que tu fasses ta mijaurée. Je me montre un peu plus insistant et elle accepte. Elles ne savent pas résister au charme du quadragénaire à cet âge. Et puis, plus vieilles, elles sont moins appétissantes. 

Je suis un peu lourd du foie gras et de l’entrecôte dont je me suis délectée, pendant qu’elle bouffait sa salade comme un petit lapin. Et oui, ma douce, quand l’été arrivera, tu devras avoir le body summer pour rentrer dans ton bikini, tandis que je serais sur mon transat à l’Ile Maurice, et que personne ne se fera la réflexion que j’ai pris un peu de bedaine. 

Nous allons à l’hôtel, et je ne tarde pas à la débarrasser de ses vêtements. que c’est beau, une jeune femme! Je la retourne, et la sodomise sans lui demander son avis. Quelques larmes coulent sur son visage, tandis que je la  besogne sévèrement. il faut dire que la dernière petite salope m’avait fait le coup de la grossesse, et comme elle avait des problèmes avec sa Sécurité sociale, cela m’avait couté tout de même presque 300 euros pour la faire avorter! La gamine était encore étudiante, et n’avait pas les moyens… Comme si c’était à moi de régler ce genre de problèmes! Il faut dire que j’ai du mal avec la capote, ça me coupe les sensations. 

Quand j’ai fini mon affaire, je m’aperçois que Julie fait un peu la gueule. Tu m’étonnes, elle aura un peu mal au cul pendant quelques jours, mais ça lui passera. Il faut assumer le désir que l’on suscite chez les hommes. Je lui demande si elle veut me revoir, elle ne répond pas. Elle ne pourra pas me rappeler de toute manière, et ne sait pas qui je suis, j’ai un second numéro, et elle ne sait rien de mon identité, maintenant, je me méfie. 

Je repasse au bureau, et je donne quelques instructions à ma stagiaire afin qu’elle finisse les dossiers que je lui ai confié. Ah ça, ma belette, tu n’en as pas fini pour ce soir! Depuis qu’avec le mouvement Metoo, on ne peut même plus les toucher, autant qu’elles se rendent utiles, sinon, je prendrais un mec la prochaine fois. Et ça l’habitue, ça lui fait de l’expérience pour l’avenir, quand elle sera en poste. 

Je répond à l’invitation pour ce soir, je vais fêter les 44 ans d’un pote de l’école de commerce au bar chez Jean-Louis. C’est un after work sympathique où nous aimons bien échanger avec les amis. Karine m’appelle et me dit que Luce fait une otite. Ne serait-ce pas encore une excuse pour ne pas aller à l’école demain? Elle a 13 ans et commence à rentrer dans l’adolescence, ma fille, mon bébé. Ah si un de ces salopards pose un jour ses mains dessus… Il faut dire que les petits cons d’aujourd’hui se conduisent très mal avec les femmes!

Je lui dis de l’amener chez le docteur, elle me dit que c’est compliqué avec son boulot… Arf, ce n’est pas comme si elle avait mes responsabilités, elle n’est que clerc de notaire, merde! Et puis, ce n’est pas avec les 3000 euros qu’elle ramène par mois que nous aurions pu acheter notre appartement de 130 mètres carrés! 

Je rejoins les copains au bistrot, ils sont en train de parler du cas de Rémy, qui est absent. Il faut dire que depuis que sa femme l’a quitté pour un autre mec, il n’est pas bien du tout! C’était vraiment une salope, cette Anaïs. Ok, il avait eu quelques aventures, mais de là à le quitter pour un autre! En plus, elle est partie avec un directeur de chez Atomics, le genre de type qui roule en Ferrari avec baraque à Marrakech et tout ce qui s’en suit. Non, mais dans quel état elle l’a foutu! Elle avait une gueule de salope, de toute manière, et je suis bien certain qu’elle profitait de ses voyages d’affaire pour aller baiser ailleurs. Ah, ce n’est pas ma bonne vieille Karine qui me ferait un coup aussi tordu! 

Nous dragouillons toujours autant la petite barmaid, un petit avion de chasse derrière le comptoir. Oh, rien de méchant, quelques petites remarques sur sa splendide poitrine, c’est bien dommage qu’elle ait arrêté de mettre des décolletés d’ailleurs. 

La soirée se termine, et je prend un Uber pour rentrer, c’est une femme qui conduit. Je lui demande si elle n’a pas peur de bosser la nuit, charmante comme elle est, en plus! Elle ne me répond pas. Le service se perd, je ne lui mettrais qu’une étoile, à cette conne. 

Je rentre et je trouve Karine endormie dans le canapé du salon, elle est mignonne à m’attendre comme ça. Mais elle aurait pu mettre une des nuisettes que je lui ai offert pour son anniversaire, elle est tellement excitante quand elle en enfile une! Je n’aime pas trop ces pyjamas en licorne qu’elle met, même si ça ne m’empêcherait pas de lui faire l’amour quand même. Ah, c’est ma femme, la mère de mes enfants, donc je lui fais l’amour, à elle. Je ne vais tout de même pas lui demander de lui éjaculer dans la bouche ou de la prendre par derrière non? Et puis, c’est tellement une sainte, je l’ai connu vierge. Mais elle n’est simplement pas trop branchée cul. Vous vous rendez compte qu’elle n’a même jamais joui?

Je l’amène jusqu’à la chambre, elle se plaint d’être fatiguée, entre les courses, les gosses à gérer… Oui, mon amour, moi aussi, j’ai des journées à rallonge, regarde à quelle heure je rentre. Et ne t’inquiète pas, je te payerais des vacances en Grèce, cet été. 

Je vais dans le salon, et je vais lire un peu le blog de l’autre tordue de Chlotilde Rastignac. Elle n’écrit pas trop mal, mais je suis bien certain que, si un jour, elle écrivait sur moi, elle me surnommerait le connard ordinaire. 

Partie 2

« Je suis devenue féministe, car j’ai vu des femmes refuser de se laisser traiter comme des paillassons ». Leila Slimani

Ce matin, je me réveille à 6h30, nous sommes un lundi. Mon mari ronfle encore comme un goret dans le lit conjugal. Depuis qu’il a pris de l’embonpoint, c’est monnaie courante. Je me dirige vers la cuisine afin de préparer le petit-déjeuner de nos enfants, Luce et Paul. Je m’appelle Karine, j’ai 43 ans et je vis à Paris. Je suis clerc de notaire chez  Maitre Erita, épouse d’Eric Tarba. Il faut le préciser, car j’ai pris l’habitude depuis 15 ans de n’être que la « femme de ». Tout était bien au début, je me suis mariée il y a 15 ans, sacrifiant mes ambitions personnelles au profit de celles de mon conjoint, quand il a fallu faire un choix, qui n’en était pas un, à qui irait en école de commerce après nos Master II respectifs, lui en droit des affaires, moi en droit patrimonial, et que je voulais intégrer une école notariale, mais qu’il a fallu que je me mette à bosser pour que quelqu’un fasse bouillir la marmite, tandis qu’il continuerait son cursus. Mais notre couple a réussi, comme on dit, d’un point de vue financier déjà, et nous sommes un couple parfait, en tout cas vu de l’extérieur…

Mon « cher et tendre » a toujours pensé que je ne nourrissais aucune ambition personnelle, hormis le souhait de faire un mariage réussi et de faire des enfants. Alors, certes, il me laisse travailler, mais sans doute parce qu’il serait trop radin pour m’offrir ne serait-ce que le coiffeur. Et puis, il aurait trop peur que je devienne oisive, bosser pour une femme, selon lui, n’est qu’un passe-temps comme un autre. 

J’entend monsieur se réveiller et il se sert son café, me fait un compliment au passage sur ma beauté physique. il faut dire que je vais beaucoup à la salle de sport, afin de ne pas m’engraisser comme lui, mais il a toujours pensé que c’était pour lui plaire que je le faisais, tandis que ce n’est que pour moi-même, et rester en bonne forme physique. Il n’a pas le verbe tendre envers mes amies qui ont moins de chance avec leurs génétiques, et qui ont pris du poids durant leurs grossesses. 

Je lui montre sans mot dire à quel point son comportement d’hier soir était déplacé, tandis qu’il s’est frotté contre moi avec son sexe dressé pour tenter d’avoir un rapport sexuel, m’arguant « qu’un homme a des besoins ». Des besoins? Manger est un besoin, aller aux toilettes aussi, mais je n’ai jamais vu un homme mourir d’une explosion des testicules! Et mon sommeil est un besoin aussi, tandis que je m’occupe des tâches ménagères, des enfants, des repas et de toute la paperasse administrative de la maison! Mais j’oubliais son argument de choc, sa seigneurie travaille plus que moi. Ne crois pas que ça me passera…

Il se lève et me propose de faire tourner mon lave-vaiselle. « Mon » lave-vaisselle? Tu vis chez l’habitant? Il y a mon nom indiqué dessus? Tu prends tes repas dans des assiettes en carton? C’est un comble, mais ça fait quinze ans que ça dure et que je ne dis rien, pourquoi changer? 

Je monte me préparer pendant qu’il se vêtit de son côté, je prend ma Mini-Cooper, comme chaque jour pour déposer les enfants à l’école. Hors de question que je touche au 4X4 BMW de sa majesté, il aurait trop peur que je lui fasse une rayure, tandis qu’il a déjà explosé un Porsche Cayenne car il conduisait beurré. 

Au rond-point après l’appartement, un type me grille la priorité, quand je klaxonne pour le lui signaler, il descend de sa voiture, voyant que je suis une femme, et me menace de me casser la gueule. Aurait-il agi de même si j’avais été un homme? Je passe la première et préfère partir en accélérant plutôt que de devoir en découdre avec un être qui a environ 800 fois plus de testostérone que moi dans le sang, et la dysmorphie de genre à son avantage. 

Je dépose les enfants à l’école, et Maître Erita me convoque dans son bureau, me signifiant qu’avec la charge de travail que j’accomplis depuis des années chez lui, l’augmentation que j’ai demandé il y a dix jours va m’être accordée. Il est vrai que j’en traite du dossier, car je suis passionnée par le domaine juridique depuis toujours. Quand je ressors et retourne à mon poste, un collègue masculin qui passe son temps à se tourner les pouces, et qui a intercepté les échanges que j’ai eu avec mon patron, me demande si je me suis bien appliquée en passant sous le bureau. Pauvre con! Sais-tu seulement que ton employeur est gay? Mais je ne rétorque même pas, car je pense à mon rendez-vous de ce midi…

Ce midi, j’ai un rendez-vous galant. Depuis que j’ai découvert qu’Eric s’envoyait en l’air quasiment pendant toutes ses pauses déjeuners avec des gamines étudiantes, en leur faisant croire qu’il est divorcé, j’ai décidé simplement de mener ma propre barque. Cet abruti n’est même pas capable d’effacer son historique sur Google, et pense que je suis trop stupide pour savoir ce qu’est Tinder! 

Sauf que moi, je suis tombée amoureuse, et ce, d’une personne que je côtoyais depuis des années! Je rejoins donc mon petit secret à midi, comme convenu dans notre hôtel habituel. J’ai pris soin de mettre de la belle lingerie, je sais déjà que ce sera merveilleux comme d’habitude, même si nous ne pouvons encore nous dévoiler au grand jour. Eric n’a rien remarqué, même pas que, parfois, je revenais à la maison avec un nouveau bijou ou un parfum neuf. Ce n’est pas lui qui me ferait de tels cadeaux! Lui, pour mon anniversaire, m’offre toujours une nuisette ou de la lingerie qui, même si de belle facture, n’ont que pour but de le satisfaire une fois le soir venu. 

Je rejoins donc mon amour secret à l’heure médiane, nous parlons bien entendu de sujets passionnants, comme d’habitude, d’actualité, de politique, mais aussi de notre avenir commun dont nous rêvons depuis quelques temps déjà. Nous parlons aussi de nos dossiers respectifs en cours, des miens, même si les siens sont plus passionnants, car c’est une personne qui s’intéresse toujours à ce que je fais.

 Nous commandons un Uber eat et nous nous délections de sushis, nous rappelant alors la promesse que nous avons échangé de nous rendre au Japon, dès que notre amour pourra éclater au grand jour. Parce qu’en quinze ans d’union, je n’ai eu que droit à des vacances sur des transats, pour montrer sur les réseaux sociaux que nous avons les moyens, mais c’est toujours la même chose, au final, à savoir se dorer la pilule au bord d’une piscine en ingurgitant des litrons pour lui, pendant que je m’occupe de notre descendance, leur faisant faire leurs cahiers de vacances, et, quand j’en ai le temps, lisant quelques livres. mais jamais nous n’avons fait la moindre excursion afin de nous intéresser à la culture locale. Si seulement il m’avait demandé une fois mon avis!

Nous faisons ensuite l’amour, avec passion, avec tendresse, avec amour, ce que je n’avais jamais connu avant cette merveilleuse histoire. Il faut dire que j’ai connu mon époux en étant vierge, et que je n’ai jamais joui dans ses bras, car il ne m’a simplement jamais demandé ce qui me plairait, là aussi, même dans mon corps, mon avis ne compte pas. 

Je délaisse avec regret ce lit chaud qui a accueilli nos ébats, et je retourne à mon travail, où je souhaite consacrer mon après-midi à une histoire de succession qui s’avère pour le moins corsée. C’est une veuve qui a passé sa vie entière à s’occuper de sens enfants afin que son mari mène à bien ses ambitions politiques, et maintenant, ses fils veulent la laisser sur la paille, car ils estiment que les bien immobiliers leur reviennent de plein droit. 

Mon portable sonne, c’est le collège de Luce qui me contacte, il faut que je passe la chercher car elle fait un début d’otite. Je sais qu’elle n’est vraiment pas bien, mais ce n’est pas son oreille qui la fait souffrir, mais son psyché. Depuis qu’un petit con de sa classe lui fait des remarques salaces sur sa poitrine naissante, elle ne supporte plus son établissement scolaire. J’en ai parlé au principal, mais celui-ci n’en a eu cure, arguant que ce n’était que des chamailleries entre jeunes. Il faudra sans doute la change d’école, car ses résultats sont en baisse, tout ça pour un crétin qui a du recevoir une éducation des plus machistes par ses parents. 

J’appelle Eric pour savoir si sa grandeur ne peut pas, pour une fois, aller la chercher pour l’amener chez le docteur, mais il me rétorque qu’il est surchargé de boulot, avec ses nouveaux clients qui cherchent des offres pour ses salariés. Parfois, je me demande si sa boite vend des forfaits téléphoniques ou des missiles nucléaires! Ah ça, pour sauter des petites nanas, il a le temps, mais pour s’occuper de sa fille, il n’y a plus personne. La charge me revient de plein droit, mais il sait que je le ferais de toute manière, comptant sans vergogne sur ma fibre maternelle, et il n’a pas tort sur le sujet. 

Et je me prend encore dans les gencives que c’est grâce à lui si nous avons ce splendide appartement de 130 mètres carrés en plein cœur de Paris, et qu’il a des responsabilités, LUI! C’est vrai que je fais du macramé dans  mon boulot… De guerre lasse, je file la prendre pour la conduire chez notre médecin de famille… qui ne trouvera rien, comme d’habitude, et m’expliquera que c’est psychologique, comme d’habitude. C’est décidé, la semaine prochaine, tu changes de bahut, même si ça ne plait pas à ton père. S’en apercevra-t-il seulement? 

Je récupère Paul à la maternelle, qui est tout joyeux comme d’habitude, mais un peu agité, comme d’habitude aussi. il m’explique qu’il a une amoureuse, mais qu’il ne sait pas comment lui dire, et voudrait bien lui faire un bisou sur la joue. Je lui répond que c’est « tip-top », mais qu’il faut d’abord qu’il lui demande la permission avant de le lui faire. Il pourrait lui faire un joli dessin pour lui déclarer ses sentiments, et si elle lui accorde sa permission, alors, ok pour le bisou. Sinon, on ne fait pas une bise à une fille si elle ne le veut pas. Même si elle est super méga hyper jolie? Oui, même si!

Ce soir, je suis de bonne humeur, donc je dis aux gosses que ce sera pizza, ils en sont enchantés, et qui ne le serait pas devant une 4 fromage? Je ne commande rien pour Eric, car il a rendez-vous avec ses potes de l’école de commerce chez Jean-Louis, un bar de merde où ils se rendent juste parce que la barmaid a de gros nibards. 

Tiens, j’en parierais mon carré Hermes qu’ils vont encore plaindre « ce pauvre Remy qui s’est fait larguer comme une vieille chaussette », et « cette salope d’Anaïs qui l’a quitté pour le directeur de chez Atomics ». Il faut dire que leurs discussions sont tellement enrichissantes, surtout quand ils sont pleins comme des barriques! 

Une fois mes petiots couchés, je me glisse sous un plaid au creux de mon sofa, afin de passer un dernier coup de fil à cette personne que je pense être le grand amour de ma vie. Au moins si Eric rentre, j’ai plus de chances de l’entendre que si je suis dans la chambre, et je pourrais vite raccrocher. A peine notre conversation terminée, j’entend la clé dans la porte, et je fais vite semblant de dormir, afin qu’il ne lui prenne pas l’envie de me faire passer à la casserole. Je me refuserais à lui, mais une conversation s’ensuivrait, et je n’ai vraiment pas envie de ça ce soir.

Il m’accompagne jusqu’à la chambre, où je me plains de ma fatigue, et comme d’habitude, il me répond que, lui aussi, il a une vie stressante et qu’il est surchargé de boulot. Tu parles, comme si on ne savait pas que tu refiles tout à ta stagiaire, pendant que tu files baiser dans des quatre étoiles!

Il redescend au salon, et je prend ma tablette sous le lit afin de m’adonner à ce qui est désormais mon rituel du soir. J’ai découvert un blog par le biais de ma relation cachée, c’est celui d’une escorte, et malgré cette activité qui me surprend beaucoup, elle n’écrit pas trop mal. Elle se fait appeler Chlotilde Rastignac, et je suis certaine qui si elle parlait de mon mari, elle l’appellerait le connard ordinaire. 

Partie 3

« Les différentes formes du féminisme reflètent autant de vie de femmes possibles » Camille Froidevaux-Metterie.

Ce matin, je me réveille à 7h, nous sommes un lundi. Ma cousine, qui est aussi ma colocataire depuis maintenant deux ans, dort encore. Je me dirige vers la cuisine de mon petit deux pièces pour me faire un thé. Je m’appelle Zohra, j’ai 25 ans, et je vis à Paris. Je suis étudiante en dernière année d’école de commerce, cursus marketing, mais aussi stagiaire en alternance chez Phonetel. Mon maitre de stage s’appelle Eric Tarba. 

Je suis française, mais d’origine marocaine, comme on aime souvent me le rappeler. Mes parents sont d’honnêtes travailleurs, venus du bled alors qu’ils n’étaient encore que jeunes mariés, et ce, dans l’espoir d’avoir une vie meilleure. J’ai grandi dans une banlieue de la Grande couronne, Garges les Gonesses, donc trop loin pour me rendre chaque jour sur le lieu de mon stage, mais trop près pour avoir un logement du Crous. 

Ma mère est infirmière et mon père a fondé sa propre entreprise dans le bâtiment, donc ce sont des gens qui touchent trop pour que j’ai droit à une bourse, mais pas assez pour pouvoir m’aider financièrement. C’est ce qu’on appelle l’hérésie à la française. 

Ce matin, je suis particulièrement fatiguée, car je suis rentrée tard hier soir. Oh, ne croyez pas que je fais la fête, je suis bien trop studieuse pour cela, mais il faut bien que je m’arrondisse les fins de mois, car ce n’est pas avec les 900 euros par mois que me rapporte mon alternance que je vais pouvoir payer les 1200 euros de loyer de ma piaule! 

J’ai été une bonne élève depuis le cours préparatoire, car j’ai vite compris que, pour s’en sortir dans la vie, il n’y aurait pas 36 solutions, à savoir, soit avoir une famille blindée, ce qui n’est pas mon cas, soit s’en sortir par soi-même. Et comme j’ai toujours eu le gout d’apprendre, disons que j’ai tout misé là-dessus. Enfin, pas tout, pour être exacte…

J’ai hérité d’au moins une chose de ma mère, c’est de son physique avantageux. J’ai une chevelure ondulée et lourde qui me permet de les avoir jusqu’à la taille, une taille fine et marquée, qui est en totale opposition avec mon fessier rebondi, et une poitrine qui, sans être opulente, est tout de même proéminente. J’ai aussi un visage juvénile et gracieux. En bref, je sais pertinemment que je ne laisse pas la gente masculine indifférente. 

C’est vers l’âge de 13 ou 14 ans que j’en ai pris conscience, tandis que les gars de mon quartier ont commencé a changé de comportement à mon encontre. Oh, les meufs aussi, car elles m’ont bien vite jalousé, ces connes. Je n’ai jamais compris ce manque de solidarité entre nanas, surtout pour quelque chose qui ne m’intéressait pas, et qui, au contraire, me mettait en danger. Je suis fille unique, et je n’ai donc pas eu de grand frère pour me protéger, et je ne suis pas spécialement amatrice de la tournante dans une cave, donc voilà le cadeau! C’est bien pour cela que j’ai appris à montrer les dents très tôt, mais aussi à ne jamais me saper de manière ni sexy, ni voyante. 

J’ai tout de même eu des parents assez cool malgré la pression de leurs origines, et ils n’ont jamais été du genre à contrôler si j’étais encore vierge, ou si j’avais un petit ami, ou même si je buvais un petit godet de temps en temps. 

Mais franchement, avoir un gars ne m’intéresse pas, en tout cas pas pour le moment. Quand j’aurais un vrai boulot qui ne soit pas payé au lance-pierre, un bel appartement et une bonne situation, alors peut-être que je me mettrais à la recherche du futur père de mes enfants. Ouais, je veux des gosses, mais pas pour les voir grandir dans un quartier de merde. Oh, je n’en veux pas à mes parents, ils sont venus en France une main devant, une main derrière, et ils se sont bien défendus pour des immigrés. Mais je veux encore mieux qu’eux, et ils m’y encouragent, d’ailleurs!

J’arrive au boulot et j’avoue que j’ai toujours un peu la boule au ventre. Il faut dire que mon maitre de stage est un vrai sac à merde. Heureusement que Metoo est passé par là, car, sinon, je ne sais que trop bien que je ne serais pas à l’abri de me prendre une main au cul quand je dois lui apporter le café, ou de me faire coincer devant la photocopieuse pour me faire mettre à genoux et lui tailler une pipe! S’il ne croit pas que je ne vois pas ses regards plein de sous-entendus, ce tordu. Jamais patronyme n’a été aussi bien porté que par Monsieur Tarba! 

Il arrive, frais comme un gardon, avec son air odieux et dédaigneux, me demandant le rapport que je dois lui remettre pour « ses » clients de 10h. T’inquiète ma poule, j’y ai passé mon dimanche après-midi, sur ton papier, et il est là, malgré mon salaire de misère. Même si tu ne te souviens jamais de mon prénom, même si tu as été obligé de m’accepter dans la boite pour que je joue à l’arabe de service, afin de prouver votre intégrité, tandis que vous étiez en attente de votre entrée en bourse. Ben ouais, ça fait bien devant les actionnaires, genre ici, on est inclusifs. Je ne suis juste qu’un quota à respecter. Femme et maghrébine quoi…

Il me regarde un peu de traviole, car je ne porte toujours pas de talons. Mec, j’ai été embauché pour mon cerveau, ou pour que tu te rinces l’œil sur mes guiboles? Porte une heure des escarpins de 12 centimètres, et tes pieds m’en diront des nouvelles, surtout pour cavaler toute la journée. 

Oui, il m’arrive de porter des talons, mais certainement pas pour toucher 900 pelles par mois! Je me perche là-dessus, uniquement le soir, lorsque je deviens Kendra pour m’arrondir les fins de mois. Et oui, je suis escorte! Enfin, c’est un terme plus pompeux pour dire que je me prostitue via internet. J’en avais marre de galérer pour finir les mois, à quémander de l’argent à ma famille et mes amis afin de pouvoir compléter le loyer, mais aussi simplement pouvoir manger et casquer mon pass Navigo. Et c’est peut-être hallucinant, mais je suis plus respectée par mes clients que dans la boite où j’effectue mon stage! Pour autant, il me le faut, ce stage, car faire la pute est un moyen, certainement pas une fin. 

C’est vrai que ce n’est pas drôle tous les jours de faire cette activité, non pas par rapport aux rencontres en elles-mêmes, mais par rapport au fait de répondre au téléphone et aux mails, puis aussi de la pression qu’on nous fout. Les clients, que l’on appelle aussi des punters, ont même un forum pour dénoncer ou encenser celles qui leur conviennent. C’est un peu le trip advisor du cul, mais avec parfois quelques dérives, car si vous refusez un gars, et qu’il en est membre, vous risquez de vous faire défoncer! Il y a même eu des dérives xénophobes que j’ai pu observer, mais j’ai vu il y a quelques temps le modérateur en remettre en place quelques uns, et j’avoue que ça m’a fait plaisir! 

Là encore, je porte la double casquette d’être escorte et d’être maghrébine, ou beurettes, comme certains aiment nous appeler. Ils ne savent même pas d’où ce terme provient, et c’est Malek Oussekine qui doit bien se retourner dans sa tombe! 

Je n’ai pas commencé par l’escorting, j’ai d’abord tenté ma chance sur un site appelé MYM où je vendais des vidéos érotico pornographiques. Mais c’était hyper chronophage, et en plus, les gars bien planqués derrière notre écran se permettent de nous demander des choses que je juge carrément odieuses et déviantes. Et puis… Il y a eu le drame. Un gars m’a reconnu, tandis que je ne savais pas qui il était, m’a sorti en message privé mon identité, et a menacé de le dire à ma famille si je n’avais pas de rapports gratuits avec lui. 

Ca m’a mise très en colère, donc j’ai été déposer plainte, et j’ai d’ailleurs, grâce à ça, fait la connaissance d’une avocate hyper sympathique qui m’a accompagné dans ma démarche pénale. Le type a pris 6 mois de sursis, mais cela passera l’envie à ce sale chien de vouloir recommencer! 

Et puis, j’en suis venue à faire la pute. De toute manière, avant même de le faire, j’étais déjà conditionnée, car à Garges, si tu te rends au planning familial, tu es une pute, tu mets des jeans, tu es une pute, tu bois un peu d’alcool, tu es une pute, et comble de tout, tu refuses de baiser avec un des grands du quartier, tu es une pute. Donc maintenant, ils peuvent m’appeler la reine des putes. 

 Il est midi, le fin de race sort de sa réunion, tout en se faisant mousser d’avoir obtenu son contrat juteux. Ca va, mon rapport leur a bien plu alors? Il part soi-disant déjeuner. Comme si toute la boite n’était pas au courant qu’il allait  se faire pomper par une midinette quasiment chaque jour… Il me tue, ce type! Si sa pauvre femme savait!

Je profite moi aussi de ma pause déjeuner pour regarder les messages et mails que j’ai reçu afin de savoir si j’ai moyen d’obtenir un rendez-vous avec un client pour ce soir. Enfin, vu que le gros porc a décroché un contrat, je vais devoir commencer à préparer la suite. Il n’est capable de rien, je me demande comment il a réussi à obtenir ce poste, ce n’est pas possible! 

Après son « repas », l’autre empaffé revient au siège, puis se dirige dans son bureau. Tant mieux, ile ne sera pas sur mon dos pour savoir si, quand et comment j’avance dans mon job, comme si j’avais déjà failli à ma mission d’ailleurs. 

Vers 16h, mon amie Julie m’appelle plusieurs fois. habituellement, je ne répond pas durant mes horaires de travail, mais je vois qu’elle insiste. Julie, c’est une meuf bien. un peu paumée depuis qu’elle a perdu ses parents dans un accident de voiture, mais elle est tellement adorable! Avec la fortune qu’ils lui ont légué, c’est d’ailleurs elle  qui s’est portée caution pour mon appartement. Elle est hyper cultivée, de bonne famille, et c’est le genre de nénette qui peut se permettre de faire un doctorat d’histoire, et finir comme enseignant chercheur. Car elle sait que, financièrement parlant, son avenir est assuré, quoi qu’elle fasse! 

Mais elle est un peu perdue depuis qu’elle n’a plus de famille, et c’est bien pourquoi elle va à des rendez-vous Tinder, bien souvent avec des gars plus âgés. Ce n’est pas ça qui me choque, mais j’ai peur qu’un jour, elle tombe mal, et comme elle est hyper sensible en ce moment, elle pourrait servir de proie facile à un de ces putains de prédateurs! 

Je finis par lui répondre. Elle est en larme! Oh merde! Je savais qu’un jour ça arriverait! Elle me raconte son rendez-vous Tinder de ce midi, et un mec l’a sodomisé sans son consentement. Mais merde, c’est du viol ça!!!!! 

Non, écoute-moi bien, Julie: tu ne rentres pas chez toi là! Oui, je sais que tu te sens sale, et que tu n’as qu’une seule envie, c’est de te laver. Mais surtout pas, en fait. Tu vas aller chez les flics, car ce que ce gros enculé t’a fait s’appelle un viol, que tu le veuilles ou pas, et il faut aller déposer plainte!

Merde, je ne peux même pas demander à quitter mon poste, mais j’appelle ma cousine pour qu’elle prenne sa bagnole et qu’elle l’amène chez les flics, et je lui file au passage le numéro de l’avocate qui m’a défendu pour mon affaire de chantage. Appelle-la rapidement, elle saura mieux que moi ce qu’il faut faire. 

Heureusement que ma cousine est là pour l’amener, car Julie a même du mal à marcher, tellement cette ordure s’est acharnée sur elle!

Je suis dégoutée de ce que la nature humaine est capable de faire. Et l’autre risque de me coller un abandon de poste si je demande quoi que ce soit. Là, je suis vraiment énervée contre lui, car j’aurais vraiment besoin de mon après-midi! 

Vers 17h30, Monsieur Tarba vient me voir, et me dit qu’il a des rendez-vous extérieurs, mais que je dois tout lui rendre pour demain matin. Je ne m’en serais pas doutée, tiens… Pff, un des pires jours de ma vie, enfin, celui de mon amie, et je ne peux même pas l’accompagner au commissariat, ni à l’hôpital. 

Je bosse jusqu’à 22h, Julie me donne de ses nouvelles au fur et à mesure, elle a suivi mes conseils et s’est rendue chez les poulets qui lui ont bien expliqué, tout comme moi, que ce qu’elle avait vécu était bel et bien un viol! Ensuite, elle a été conduite à l’hôpital, subissant un examen douloureux psychologiquement afin de relever les traces d’ADN de son tortionnaire. Ils ont aussi pris le numéro ON/OFF de cet animal, lui expliquant que c’était très facile de retrouver à qui appartient la ligne avec une réquisitions judiciaire. Mais les mecs se sentent bien souvent couverts avec ce genre de numéros que l’on peut changer à l’infini, et c’est bien pour ça, qu’en tant que pute, je ne les accepte jamais. 

Je rentre chez moi et je suis fatiguée, autant physiquement et psychologiquement de ces gars qui se permettent tout et n’importe quoi, fatiguée aussi d’avoir le patron le plus con du monde.

Après ma douche et un repas frugal, je me met au lit avec un peu de musique, tout en lisant un blog que j’ai découvert il y a peu, et qui est celui d’une consœur, et qui tente parfois de se faire la voix de celles qui n’en ont pas, et qui s’appelle Chlotilde Rastignac. Tiens, je suis bien certaine que si elle connaissait mon patron, elle l’appellerait le connard ordinaire. 

Partie 4

« Mon père a tué plusieurs fois ma mère. Et il a fait la même chose à ma sœur; moi, il n’a jamais essayé de me tuer. Mais il m’a violé et torturé de toutes les manières possibles. Il a pris son pied en tuant toutes les femmes de la famille » Asia Argento 

Ce matin, je me réveille à 7h30, nous sommes un lundi.  Je m’appelle Julie et j’ai 26 ans. Je vis dans un grand appartement à Versailles, et je sais que la femme de ménage va passer vers 9h, comme chaque jour afin d’entretenir mon logement. Je me dirige vers la cuisine afin de me préparer un smoothie avec des fruits rouges et me manger un petit-déjeuner copieux, mais équilibré.

Je suis doctorante en Histoire, ma thèse porte sur le rôle des femmes au cours de la Révolution française, ces grandes oubliées de l’Histoire, comme par exemple Olympe de Gouges, qui a fini sur l’échafaud en voulant faire entendre sa voix en tant que citoyenne. Il faudra attendre encore 150 ans pour que les femmes aient le droit de vote! 

J’ai grandi dans une famille plus qu’à l’aise financièrement, car mes parents étaient des marchands d’art, et comme le dit l’expression, je suis bien née. C’est pour cela que je ne m’en fais pas trop pour mon avenir, et un poste d’enseignante-chercheur en université m’ira très bien une fois ma thèse terminée.  Mes mes parents étaient… Car ils sont morts il y a de cela huit mois dans un accident de voiture tandis qu’ils se rendaient à Cabourg au Grand Hôtel, comme pour chacun de leurs anniversaires de mariage. Ironie du sort de mourir alors que l’on souhaite juste fêter un évènement heureux, n’est-ce pas? 

Alors, certes, ils m’ont laissé une immense fortune dont je n’aurais sans doute pas assez de dix vies pour tout dépenser, mais, depuis, je suis très triste et un peu paumée. Je me sens aussi très seule dans cet immense appartement, car je suis fille unique. 

Je commence à me préparer, mais aujourd’hui, j’apporte un soin particulier à ma tenue vestimentaire, car j’ai un rdv Tinder. Cela fait quelques semaines que j’ai décidé de m’inscrire sur cette application afin de peut-être rencontrer un gars qui saura m’aimer pour autre chose que pour mon fric, comme ces petits dealers de cité que j’ai à un moment fréquenté, par exemple. 

Je me souviens par exemple de Kevin, un sale petit con qui ne faisait que me  quémander du pognon alors qu’il avait déjà une gonzesse en prime! Elle s’est d’ailleurs bien retrouvée dans la merde à cause de lui, mais cela nous a vachement rapproché Christelle  et moi, et c’est cette mésaventure qui m’a permis de me faire une nouvelle amie dont je suis aujourd’hui très proche. Mais bon, toujours est-il que je n’ai toujours pas de keum à l’heure actuelle quoi! 

Je suis dans mon dressing, hésitant entre une robe de chez Sandro ou un ensemble tailleur-jupe de chez Maje. Ce sera la robe qui l’emporte, pour le tailleur, je trouve qu’il fait un peu trop entretien d’embauche. Je l’enfile par-dessus mon ensemble Aubade, et des bas coutures de chez Cervin. Oh, je sais que je ne ferais rien le premier jour, surtout que mon rencard a eu la délicatesse de me proposer un déjeuner, au lieu d’un diner, afin de ne pas me mettre la pression de coucher le premier soir. Des bottes Valentino, un carré Hermès et un sac Chanel viendront assortir ma tenue. Je me sens jolie ainsi, sure de moi. 

Cette fois-ci, j’ai choisi un homme plus âgé, car j’ai envie de quelqu’un de stable. Il m’a dit qu’il avait 38 ans, et qu’il était divorcé, sans enfants. Qui sait? Ce sera peut-être le bon? 

Je passe en premier lieu à la fac, afin de donner un cours à des 1ère années. Je suis aussi chargée de travaux dirigés, ce n’est pas un job qui paye très bien, mais cela me permet déjà de mettre un pied à l’étrier en ce qui concerne l’enseignement auquel je me destine. Et puis, j’avais des choses à prouver, car, lorsque j’ai été acceptée comme doctorante, mon maitre de thèse m’a regardé d’un air goguenard en me disant que j’étais trop jolie pour avoir un certain intellect, puis m’a rappelé que, vue la fortune de mes parents, je n’avais pas besoin de travailler, mais le Master II serait suffisant pour trouver un époux de ma catégorie socio-culturelle et briller en société. 

J’ai la chance d’avoir des étudiants studieux et appliqués, qui sont majoritairement des étudiantes d’ailleurs, puisque 70% des personnes qui accèdent aux études supérieures sont désormais de sexe féminin.

Je finis à 11h, donc je prend ma voiture pour me rendre dans ce fameux restaurant qui est celui des Révolutionnaires. J’apprécie l’attention qui n’est pas faite pour me déplaire. J’arrive sur place est le lieu est charmant. Je ne peux pas en dire autant lorsque mon hôte arrive, et les photos ne dévoilaient pas son embonpoint, puis on voit clairement qu’il s’est arrangé avec sa date de naissance. Son physique m’importe peu, mais son âge me choque tout de même. Là, on commence à avoir une belle différence! 

Il me propose de prendre une bouteille de champagne, je n’ai pas trop l’habitude de boire, mais pourquoi pas? Je décide de choisir une salade, par politesse, car je ne veux pas que cela lui revienne trop cher, bien que j’aurais les moyens de racheter l’établissement en entier. Mais il voudra sans doute m’inviter. 

Je file aux toilettes, afin de voir ce que me reflète le miroir, et je reviens à la table. Je n’aime pas du tout son air dédaigneux et sur de lui. Je finis ma coupe de champagne, et je commence à me sentir mal, cotonneuse. C’est étrange, je n’ai jamais été dans cet état-là, même après avoir fumé un ou deux pétards…

Il me pose sa main sur ma cuisse, mais je n’ai même pas la force physique de refuser. Je ne comprend plus ce qu’il dit, je balbutie juste que je veux rentrer chez moi. Il me prend par le bras, et je pense qu’il va m’appeler un Herbert, ou bien m’amener vers une station de taxi. Que nenni! 

J’ai un trou de mémoire, mais je me retrouve dans une chambre d’hôtel quelques minutes plus tard. Je me sens vraiment de plus en plus mal, mais je n’ai pas la force, ni de parler, encore moins de faire le moindre mouvement. Je me retrouve sur le ventre, je sens qu’il me déshabille, mais je n’ai pas la force de me lever, de lui dire non, de me défendre, de partir. 

Je sens qu’il me pénètre, mais je ne veux pas, non je suis certaine de cela, je ne veux pas, surtout pas comme ça! Je sens la douleur, je sens que mon corps tout entier rejette cette intrusion par derrière, et j’ai mal, que j’ai mal! Je tente de hurler, mais je n’arrive qu’à émettre ce qui ressemble à des borborismes. 

Tout mon corps n’est qu’une plaie, tellement je souffre, puis… C’est le trou noir. Je me réveille, j’ai comme une énorme gueule de bois, je grelotte, je m’aperçois que j’ai du sang entre les jambes à l’arrière, j’ai peur, j’ai froid, je me sens sale, très sale. Je peux aussi renifler l’odeur de son sperme, j’en ai des haut-le-cœur.

J’attrape mon portable dans mon sac, et j’appelle la seule personne qui sera apte à me comprendre, Zohra. Elle est escorte, elle a des idées féministes, et elle saura forcément me rassurer. Je l’appelle, je suis en larmes, 4 heures se sont écoulées depuis que j’ai rejoint mon bourreau au restaurant, mais j’ai pourtant perdu toute notion du temps. 

Zohra hurle dans le combiné, non par car elle est en colère après moi, mais elle est effarée par ce qui vient de se produire. Et moi, j’ai honte, j’ai tellement honte! Je lui dis que je veux rentrer chez moi pour me laver, elle m’explique que non, il ne faut pas! Il faut que je me rende à la police, qu’elle va m’envoyer sa cousine qui va me conduire au commissariat en voiture, je serais de toute manière incapable de prendre le volant ou de marcher.

Pourquoi la police? Parce qu’elle sait ce que je tais: ce que je viens de subir porte un nom, c’est un viol! Son adorable cousine et colocataire ne tarde pas à arriver et à m’aider à tenter de me rhabiller. Elle m’aide à marcher tant bien que mal jusqu’à son véhicule. Elle m’amène à l’hôtel de police, où on m’envoie une dame O.P.J afin de prendre ma déposition. Elle est très compréhensive et pleine de compassion, elle me confirme que je me suis faite violer. 

Elle m’envoie aussi à l’hôpital, au service de gynécologie d’urgence, où je me rend et où un gynécologue m’examine. Ses gestes ont beau être purement cliniques et rassurants, je vis très mal le relevé d’ADN ainsi que la constatation des lésions. il est outré par « ces salopards qui se permettent ce genre de choses sur une femme », et il me dit qu’il est de tout cœur avec moi, qu’il espère que cette enflure va payer et cher! Ses paroles et sa compréhension me font tout de même du bien. Il m’explique aussi qu’une contraception d’urgence n’est pas nécessaire, étant donné la nature de le pénétration, mais me délivre tout de même un traitement post-exposition, afin que je ne paye pas le prix du H.I.V en prime, ainsi qu’un antibiotique à large spectre pour les éventuelles I.S.T. Je ne serais pas exemptée pour autant de faire des dépistages d’ici quelques semaines. 

La cousine de Zohra me raccompagne jusqu’à mon domicile à Versailles, puis me prépare un thé dans la cuisine, dont elles ont le secret toutes les deux, plein de sucre, ce qui va m’apporter du réconfort. Une fois Hassana partie, j’appelle Christelle qui ne pourra pas passer ce soir, car elle bosse, mais elle viendra une fois son service fini pour dormir chez moi. Je lui laisse les clés dans le pot de fleur au cas où je m’endormirais, car elle finit tard. 

Il est 22h, je veux juste prendre une longue douche, foutre à la poubelle ces vêtements qui étaient censés me rendre belle, je leur en veux à eux aussi! Ils devaient juste m’aider à rencontrer l’homme de ma vie, ils m’ont fait passer pour une fille facile, une poupée qui ne sait pas dire non, un morceau de viande dont n’importe quel homme peut user à sa guise. 

Nous sommes un lundi, je m’appelle Julie, j’ai 26 ans, et aujourd’hui, j’ai subi un viol. Non, je ne me suis pas faite violer, car je n’étais certainement pas consentante pour cela, et les mots ont leur importance. 

Ce soir, je n’ai plus la force de rien, et je veux juste dormir de tout mon saoul; je ne vais pas aller sur le blog que m’a fait découvrir Zohra, celui de Chlotilde Rastignac, une consœur à elle dont j’aime bien le style incisif et parfois énervé. Si elle relatait mon histoire, appellerait-elle mon tortionnaire un connard ordinaire? 

Partie 5

 » Tous ces siècles, les femmes ont servi de miroir, dotés du pouvoir magique et délicieux de refléter la figure de l’homme en doublant ses dimensions naturelles ». Virginia Woolf. 

Je me réveille à midi, nous sommes un lundi. Je me dirige vers la cuisine de mon 2 pièces pour aller m’avaler un café et un fromage blanc. Je m’appelle Christelle et j’ai 32 ans. Je vis sur Paris et je suis barmaid au bar after work chez Jean-Louis. Oh, ce n’est pas une vocation que ce métier, mais disons que je n’ai pas eu le choix. 

De base, je suis graphiste en free-lance. Enfin j’étais… Il y a deux ans de cela, tandis que je fréquentais un gars, Kevin, et que ce petit con est venu s’incruster chez moi, il m’est arrivé une drôle de tuile. Je ne savais pas qu’il était dealer, et à la suite d’une perquisition des flics où ils ont découvert une bonne quantité de beuh chez moi, j’ai pris un contrôle judiciaire et un aménagement de peine dans la gueule. Le JAP (juge d’application des peines) n’a rien voulu savoir, n’y comprenant rien à mon statut d’auto-entrepreneur, et a exigé que je trouve un CDI, sinon… Ben sinon, c’était la taule! 

Je n’ai pas retrouvé de boulot dans ma branche; il faut dire que je me suis un peu grillée le  jour où j’ai claqué la porte en menaçant de mort mon ancien employeur, avant que je sois indépendante. Cette ordure, non content de me payer 25% de moins que mes collègues masculins, m’a un jour envoyé une main au cul! Et comme le milieu de l’informatique est particulièrement machiste… Je me suis mise à mon compte, et ça m’allait très bien! Jusqu’à ce que Kevin vienne massacrer ma vie! Mais bon, grâce à lui, j’ai quand même rencontré la petite Julie, une versaillaise, de parents qui étaient bien blindax, mais tellement cool! 

J’ai encore fini à 3h du matin hier soir, ce qui m’oblige bien souvent à rentrer en Herbert. De toute manière, je ne m’amuse plus à prendre les transports en commun dès que la nuit tombe, et ce, depuis qu’un mec s’est branlé sur mon manteau. Je me suis aperçue en rentrant chez moi que j’avais du foutre sur mon vêtement! Hop, poubelle! Putain, c’était un Custo à 300 balles! Il faut croire que mon look de punkette en excite certains, mais ça m’a foutu un sacré coup de cafard quand même…

Donc, ouais, faire la femme tronc derrière un comptoir n’était pas une vocation de base, mais encore un an à tirer. C’est mieux que la taule, mais quand même bien relou. Très relou même, quand tu es une gonzesse, parce que j’en ai pris des sales réflexions par rapport à ma poitrine! Remarquez, je pense que c’est même un peu pour ça que Jean-Louis m’a embauché, parce qu’il n’est pas con et il sait très bien que ça fait consommer les clients. Après, ce n’est pas un chien, et il a même accepté de me prendre alors que je suis en liberté surveillée, ce qui n’est pas rien. Et il me dit toujours qu’avec mon caractère, il ne se fait pas de soucis pour moi afin que je me défende. Oui, mais c’est tout de même lourdingue à vivre au quotidien, même si le geste ne rejoint jamais la parole, et j’ai de bons pourboires, comme si certains gars voulaient s’octroyer le droit de me mater les miches contre un billet de 10.

Là où Jean-Louis a vraiment pris conscience de ce qu’était mon quotidien, c’est lorsqu’un vieux connard d’ancien militaire, genre ancien colonialiste s’est permis de me dire « au pied » afin que je le serve! Tous les potes du trou du cul était hilares, comme si tenter de faire prévaloir son autorité sur une gonzesse était signe de virilité! Putain, il s’est fait insulter, mais salement par mon boss! 

J’entend du rap dans l’appartement voisin, c’est sans doute Hassana qui se réveille aussi, elle bosse de nuit tout comme moi, et parfois, sans même avoir besoin de se consulter, nous poussons un peu le son, moi avec les Clashs ou les Sex Pistols, elle avec I am ou Ntm. Depuis que sa cousine Zohra l’héberge, elle arrive à revivre… Il faut dire que Zohra est une nana libre et rebelle, qui s’accroche et va prendre ce que la vie ne lui a pas donné, en faisant ses études, et en bouclant ses fins de mois en faisant la pute le soir. Ah, elle nous raconte de ces sacrés anecdotes à chaque fois qu’elle rentre de rendez-vous! Et, depuis que je les ai présenté à ma pote Julie, on forme une sacré bande de meufs, qui, de base n’avaient rien en commun, mais qui portent chacune à leur manière la force de lutter contre leurs malheurs et leurs tracas.

Je me prépare tranquillement, j’enfile un jean noir et mon t-shirt préféré « Punk is not dead », qui laisse apparaitre mon tatouage de dragon sur le biceps droit, et ma licorne sur le bras gauche. je les aime bien, moi mes tatouages, même si certains me jugent par rapport à ça. Non, je ne suis pas toxico, ni une voleuse, même si maintenant une repris de justice, mais je les avais bien avant! 

Je prend le métro pour me rendre au bar, avec mes écouteurs dans les oreilles. Au moins, si j’ai droit à des remarques salaces, je ne les entendrais pas. On dirait que les transports en commun sont le rendez-vous préféré des connards et des harceleurs, ils ne doivent avoir aucune utilité à les prendre, mais s’y rendent juste, histoire de se frotter sur une meuf, ou lui envoyer une main au derche! 

Il est 19h quand je prend le taf, je m’en grille une devant la porte, tandis que je vois arriver la « bande des trouducs ». Je les ai surnommé ainsi, car ils viennent à cinq ou six en général, ont tous fait la même école de commerce, viennent sans leurs femmes, qu’ils ont bien pris soin de laisser à la maison, et se gonflent comme des coqs de basse-cour en énumérant par le menu tout ce que leur apporte matériellement leurs réussites socio-professionnelles. 

Tiens, celui qui s’appelle Rémy, le connard en chef, n’est pas avec eux ce soir. Tant mieux, c’est le pire! C’est à cause de lui que j’ai arrêté de foutre des décolletés au taf. Un jour, il avait carrément fait des paris sur mon tour de poitrine, et devant ma gueule en prime! Comme pour se dédouaner de ses conneries que j’avais entendu toute la soirée, il m’avait collé un billet de 100 euros sous le pif en fin de soirée. Comme si son argent pouvait tout acheter…

Je les entend parler alors que je sers les autres clients, et ça ne vole pas haut. Le grassouillet se réjouit d’avoir réussi à enculer une étudiante entre midi et deux qu’il avait rencontré sur Tinder. Un autre plaint « ce pauvre Remy » de s’être fait lourder par cette « salope d’Anaïs ». Putain, ça vole haut les gars! En plus, il vont me faire finir tard, ces enflures, ils font la fermeture à chaque fois. Pour d’autres, je m’en fous, c’est le jeu, mais entendre leur brèves graveleuses de comptoir me file la migraine et de l’urticaire. 

Vers 21h, je m’accorde une seconde pause clope dans la réserve, et j’entend mon téléphone sonner, c’est Julie. Bizarre qu’elle m’appelle à cette heure-ci, car elle sait très bien que je charbonne, ce soit être urgent. Je décroche… Je l’entend pleurer à s’en fendre l’âme à l’appareil. Merde! Quoi? 

Putain de bordel de chiotte!!! Elle s’est faite violer par son plan Tinder!!! Il l’avait drogué, les analyses sont formelles. Et, en prime, elle a des déchirures anales, elle est totalement traumatisée, mais qui ne le serait pas après ça? 

Elle a appelé Zohra, et c’est Hassana qui s’est chargée de l’amener à l’hosto et à la maison Poulaga, mais elle va devoir aller travailler, donc Julie va se retrouver toute seule chez elle. Depuis que ses parents sont morts, elle n’a plus de famille, et d’ailleurs, en réfléchissant 5 secondes, c’est comme ça que son bourreau a vu en elle une victime potentielle, car ce genre de pervers s’acharne habituellement sur les femmes non pas faciles, mais fragiles. Ils arrivent à les dénicher, les renifler, pour mieux en faire des proies potentielles. 

Mais bien sûr que je vais venir après mon service! Ma bichette, elle me fait vraiment trop mal au cœur, j’en ai les larmes aux yeux, pourtant, je ne suis habituellement pas du genre sensible. Non, ma poulette, ce n’est pas la peine de m’envoyer un Herbert, j’en prendrais un avec mes pourliches, la « bande des trouducs » servira au moins à quelque chose pour une fois! Ok, laisse-moi les clés dans le pots de fleurs, comme d’hab’. 

Les « Mâles alpha », comme ils se surnomment eux-mêmes, en sont à leur septième ou huitième verres, et sont bien imbibés, il ne vaudrait mieux pas foutre une allumette au milieu. Savent-ils seulement que la version alpha,en informatique, est une version non aboutie? Ca leur va bien, remarquez, ils ne sont pas finis, ou alors à la pisse. Et puis, la théorie des males alpha date d’Hitler, comme si le mec était une référence d’intelligence quoi. En sus, c’est un comportement qui n’a été observé à l’époque que sur des loups en captivité, et qui a été remise bien des fois en question depuis. Mais bon courage si je devais leur expliquer ça, aux avinés! Autant tenter de leur parler de Socrate…

Les gros cons, se décident à appeler un Herbert. Encore heureux qu’ils ne prennent pas leurs caisses, il y aurait des morts, et pas forcément parmi les conducteurs d’ailleurs…

Je clôture ma caisse, et je demande à Jean-Louis de partir rapidos, lui expliquant que ma BFF s’est faite agresser, sans trop lui en dire non plus. Il est sympa, le patron, mais un peu old school et paumé quand il s’agit de ce genre de situations; pas le genre à violer non plus, mais juste à penser que « Et si elle l’avais un peu cherché? », mais aussi « Comment elle était habillée, ta pote? ». Ces théories sont juste passéistes, mais c’est tellement fréquent que c’en est ordinaire. 

Je prend donc un Herbert à mon tour pour filer à Versailles, Julie dort déjà sous l’effet des somnifères que le toubib a du lui filer à la suite de sa consultation post viol. Dors, princesse, tu en as bien besoin. Elle me fait penser à une petite poupée qu’un enfant gâté aurait fracassé par terre après s’être lassé de jouer avec. 

Je vais prendre une douche et enfile le pyjama rose qu’elle a pris soin de laisser dans la salle de bain. C’est fou, elle a encore des gouts et des réflexes d’enfant, malgré sa thèse d’Histoire presque aboutie, son poste de chargée de travaux dirigés, et sa fortune colossale que lui ont légué ses parents. 

Je me glisse dans son immense plumard et ses draps en satin qui sentent bon la lessive de bonne qualité, elle gémit, comme dans une immense douleur, elle doit sans doute être en plein cauchemar et revivre la scène d’horreur qu’elle a encaissé il y a quelques heures à peine. 

J’attrape sa tablette que je déverrouille, puis je me plonge dans le blog de Chlotilde Rastignac, une meuf qui fait le même taf que Zohra; c’est grâce à cette dernière que j’ai connu ses articles. Si elle devait parler de la « bande des trouducs », mais aussi du violeur de Julie, les appellerait-elle les connards ordinaires?

Partie 6

« Si on écoutait les opposants à l’avortement, on tricoterait des brassières aux spermatozoïdes ». Guy Bedos

Je me réveille, il est déjà 13h. Nous sommes un lundi. Je me dirige vers la cuisine afin de me préparer un thé à la menthe et avaler quelques gâteaux que j’ai pour habitude de préparer amoureusement. Je m’appelle Hassana et j’ai 25 ans. Je vis sur Paris depuis deux ans désormais et je suis chauffeur Herbert. Ce n’était vraiment pas une vocation, mais disons que, pour le moment, je n’ai pas vraiment le choix. 

Avant de venir en France, j’étais étudiante en médecine, et j’allais presque entrer en internat afin de commencer à mettre en pratique tout ce que j’avais appris en théorie en cours à la faculté de médecine de Rabbat. C’est le royaume du Maroc qui m’a vu naitre il y a de cela quelques 26 printemps. Je serais bien restée dans ce pays que j’aime si seulement j’avais eu le choix…

Le choix de ne pas me marier, en tout cas pas avec l’homme que l’on m’avait attribué, auquel on m’a marié sans même me demander mon avis. J’ai perdu ma mère à l’âge de 19 ans, car mon père, pourtant prospère dans ses affaires, a refusé de payer les soins pour son cancer du sein. Et point de sécurité sociale au pays de Mohamed VI!  Il avait décrété que c’était trop cher, surtout pour une femme de plus de 40 ans qui perdrait un sein dans la bataille, donc sa féminité. Pourquoi s’ennuyer à payer des dizaines de milliers d’euros, tandis qu’il suffisait de la laisser mourir, de faire semblant de la pleurer un peu, puis de reprendre pour épouse une autre femme de 25 ans?

Ma marâtre était à peine plus âgée que moi lorsqu’elle a intégré le foyer familial et elle ,n’a pas tardé à donner un fils à mon père, ce que ma mère n’avait jamais eu l’occasion de faire.  Elle a donc ensuite eu tout loisir de prendre son rôle de princesse, et de pouvoir donner ses ordres. Malheureusement pour moi, je ne faisais pas partie de son projet, représentant à ses yeux le seul reste de ce qu’avait représenté ma mère au domicile conjugal. Donc il fallait se débarrasser des mauvais souvenirs. C’est pourquoi elle m’a trouvé un oncle à elle de la soixantaine qui était d’accord pour m’épouser. 

Il assura à ma belle-mère qu’il ferait de moi une bonne épouse et qu’il arriverait à me « dresser » si j’étais encline à la rébellion. Quand on m’a annoncé mes fiançailles, j’ai passé des nuits à pleurer mais je ne savais que faire, n’ayant pas encore de revenues et nulle part où aller. Cette chienne avait vraiment calculé son coup, et elle tenait mon père avec ce fils qu’il vénérait. 

Je me suis donc laissée imposer cette union, pensant au moins que mon promis aurait quelques douceurs envers moi, mais aussi de la compréhension vis-à-vis de mes études médicales, le plus grand projet de ma vie. Lors des célébrations, il m’annonça qu’il était hors de question que sa femme fréquente une université remplie d’hommes, qui plus est jeunes, qui n’avaient sans doute de cesse de me convoiter. Son épouse ne serait pas une prostituée! Et il avait payé cher pour m’avoir! Si ça, ce n’est pas un paradoxe, je me demande ce qui en est un. 

Puis, ce que je redoutais, la nuit de noce, arriva. On m’envoya dans la suite qu’il avait loué dans un grand hôtel de la ville, où je devais l’attendre en chemise de nuit blanche. Oh, j’étais encore vierge, ce n’est pas ça qui me faisait peur. Et j’était suffisamment instruite pour savoir ce qu’était un rapport sexuel, je vous rappelle que j’ai étudié le corps humain et l’anatomie pendant six ans. Mais je ne voulais pas de lui, pas comme ça! 

Il arriva dans la chambre très éméché, il alla dans la salle de bain pour passer sa tenue de nuit, puis revint. Je n’eu pas droit à un regard, pas une tendresse, rien! Il me demanda de venir à lui, et face à mon refus, il me gifla vivement. Rien que d’y penser, je sens encore le feu sur ma joue. 

Puis, il m’a maintenu afin de me prendre. Voilà comment s’est soldée la nuit de noce, voilà comment a démarré ma vie sexuelle: par un viol! Oh, j’ai bien été voir mon père pour me plaindre du comportement de mon époux, mais il m’a dit que c’était son droit, qu’il pouvait faire ce qu’il voulait de moi, tant qu’il subvenait à mes besoins, et qu’il ne me tuait pas. 

Depuis mes épousailles, mon géniteur, que je refuse désormais d’appeler mon père, n’ose plus me regarder en face, car il sait qu’il a fait de ma vie un malheur, mais je sais aussi qu’il est sous l’influence de sa sorcière de femme! 

Au bout de quelques jours de ce régime, j’ai contacté ma cousine Zohra, qui est née et a grandi en France, et que j’avais pour habitude voir à chaque vacances d’été. Je mesure maintenant la chance qu’elle a de vivre dans les pays des Droits de l’Homme, avec un H majuscule, donc aussi ceux de la femme. 

Et c’est grâce à elle si je suis sortie des griffes de mon mari, c’est grâce à elle que je suis ici, même si ma vie n’est pas encore idéale. C’est elle qui a payé le voyage en autocar de Rabbat jusqu’au Cap Spartel, elle aussi qui a donné l’argent au passeur, qu’elle avait trouvé grâce aux réseaux sociaux. Oh, traverser le Détroit de Gibraltar jusqu’ à Cadix en zodiac et de nuit n’a pas été une sinécure. J’ai vomis tout le long de la traversée, beaucoup trop d’ailleurs… Et c’est elle encore qui a organisé mon voyage en Bla Bla Car de l’Espagne jusqu’à Paris. 

Et c’est grâce à Zohra aussi que j’ai pu… Je n’ai pas les mots pour dire ce que j’ai fait. Quand je suis arrivée en France, j’ai rapidement constaté que j’avais un retard de règles, que j’ai mis pendant quelques jours sur le compte de la perturbation du voyage. Tu parles! Après un test de grossesse, j’étais belle et bien enceinte! 

Je me suis alors effondrée, expliquant à ma cousine que j’allais être une charge pour elle, que j’en étais désolée, et que j’étais horrifiée à l’idée de garder un enfant résultant d’un viol. Elle m’a répondu que ce n’était pas dramatique, enfin si, mon viol l’était, mais pas le fait que je sois enceinte, elle pouvait très bien m’amener faire une IVG. Quoi? Elle connaissait aussi des gens pour cela? 

Oui, en France, ils appellent cela le Planning Familial, et c’est parfaitement légal depuis la loi de 1974. Chose encore plus étonnante, je n’avais rien à débourser pour cela. J’ai donc pris rendez-vous dans cette structure ou j’ai expliqué ma situation. Les soignants qui s’y trouvaient ne m’ont en aucun cas jugé, bien au contraire, ils m’on rassuré et m’ont expliqué que tout ce qu’on apprenait à la fac de médecine à Rabbat sur le sujet était totalement erroné. Non, cela ne rendait pas stérile, il suffisait d’attendre quelques cycles, et on pouvait même refaire un enfant si on le souhaitait. Non, je ne risquais en aucun cas d’en mourir. Non, je n’allais pas souffrir le martyr et au pire, on vous délivre des anti-douleurs pour cela. 

J’ai avalé deux cachets à 24h d’intervalles, j’ai saigné un peu plus abondamment que pendant mes menstruations, et… Et? Et c’est tout! J’ai eu ensuite droit à un contrôle de routine afin de voir s’il ne restait pas de résidus, et tout allait bien. 

Aujourd’hui, en France, les femmes peuvent décider ou non d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse sans que personne ne puisse le décider à leurs places. Je trouve ce droit magnifique, pour toutes les femmes violées, pour toutes les femmes qui ont des difficultés, pour toutes les femmes… qui ne veulent pas un enfant à l’instant T, tout simplement. 

Oh, bien entendu, même dans le pays des Lumières, il existe parfois des personnes pour vous dire que c’est un crime, un meurtre, mais on les fait bien vite taire, et c’est tout. Il y a quelques temps de cela, le Gouvernement a aussi fait passer le délai de 12 à 14 semaines d’aménorrhées. Au début, j’ai pensé que c’était une bonne chose, mais je me suis vite ravisée, car ce n’est qu’une pirouette pour palier aux déserts médicaux afin d’éviter d’ouvrir des unités suffisantes en orthogénie. 

Suite à cela, il était hors de question que je dépende financièrement de ma cousine, je voulais aussi contribuer au loyer et aux courses, surtout que je sais comment cette dernière gagne sa pitance. Au début, j’avoue que cela m’a un peu choqué, mais finalement, pourquoi pas? Je me dis que j’aurais eu du mal à faire de même, car ayant subi des viols de la part de celui que je considère désormais comme mon bourreau, je ne me suis pas encore réconciliée avec mon corps, ni avec ma féminité.  

Mais le métier de Zohra ne me pose plus de problèmes, nous en plaisantons d’ailleurs ensemble. Je m’attendais à la voir partir vêtue de manière vulgaire et indécente, mais ce n’est pas du tout le cas, contrairement à ce qu’on m’avait dit dans mon pays concernant les prostituées. Elle se prépare plutôt comme une jeune femme qui irait au restaurant, à savoir tailleurs ou robes, talons, maquillage discret… je trouve le tout au contraire très chic! 

Et moi? Et bien un voisin de ma cousine étant chauffeur Herbert, il s’est proposé de me prêter sa carte de VTC pour que je puisse conduire avec son macaron, les contrôles n’étant que très rares. Au début, il m’a aussi prêté son véhicule, puis j’ai pu acheter ma propre voiture, un SUV Toyota, dont je suis très fière. J’ai aussi téléchargé l’application, et ils ne sont pas très regardant chez Herbert, tant que l’argent rentre…

Le voisin en question, c’est Jeremy. Ah, Jeremy… Quand j’ai commencé à le croiser, je pensais encore que tous les hommes étaient des pourritures et des violeurs en puissance, mais ce n’est pas le cas! Nous avons rapidement commencé à flirter en nous envoyant continuellement des vannes et des blagues sur Whatsapp. Puis, il m’a invité un jour à déjeuner, m’expliquant qu’il me voyait un peu plus que comme une simple amie. Je lui ai alors tout raconté. J’ai lu dans son regard, non pas du mépris et du dégout comme je m’y attendais, mais de la peine et de la compassion pour moi, mais aussi de la haine envers mon tortionnaire. Et?

Et bien depuis, je le considère comme mon petit ami, même si nous n’avons pas encore franchi le cap de… Enfin, vous voyez! Il m’a dit « Ton corps, ton choix », donc il attend que je me sente prête, nous y allons progressivement, mais je sens que ça ne saurait tarder. 

Pour ce qui est de mon statut de sans papiers, ma cousine Zohra m’a présenté à une avocate qui est en train de traiter ma situation, et je vais sans doute pouvoir obtenir un permis de séjour. Cela me rend très enthousiaste, car je pourrais ainsi m’inscrire dans une université de médecine française et pourrais commencer mon internat, le fameux sésame pour devenir praticienne, toubib quoi.

Je sors de ma longue rêverie quand j’aperçois sur la télévision allumée Gérard Depardieu. Le débat le concernant me met hors de moi. J’ai déjà du mal à encaisser les agressions sexuelles quand elles concernent des femmes adultes, alors comment peut-on le laisser sexualiser des petites filles de 10 ans sans que personne n’y trouve quoi que ce soit à y redire? 

Vers 16h30, je reçois un coup de fil de Zohra. Tiens, ce n’est pas habituel, car elle a la malchance d’avoir un patron, Monsieur Tarba, qui n’est pas des plus commodes. Quoi??? C’est la petite Julie!!! Oh non, elle s’est faite agresser sexuellement par le mec qu’elle a rencontré sur Tinder! Mais ce n’est pas possible, c’est tellement horrible! La pauvre, depuis qu’elle a perdu ses parents, elle n’est déjà pas bien du tout, il fallait qu’il lui arrive un drame pareil en prime!

Ma cousine me demande d’aller la chercher pour l’accompagner en voiture au commissariat, puis à l’hôpital. Bien entendu! Je fonce jusqu’à l’hôtel du VIème arrondissement que m’a indiqué Zohra, je monte dans la chambre et je trouve une Julie à moitié déshabillée, les bas en accordéon, et… Mais c’est quoi ce sang qui tâche l’arrière de sa robe? 

Je la conduit à l’hôtel de police, où j’attendrais dans la voiture, car j’ai toujours un peu peur que l’on me demande une pièce d’identité. Je laisse ma passagère rentrer dans le bâtiment, et je m’en veux, car elle est totalement hagarde, dans un état de stupéfaction, tout en souffrant terriblement physiquement. J’ai une idée de ce qui a pu se passer, ayant eu à subir la même chose, mais ma pudeur m’empêche de lui demander le moindre détail. 

Je la conduis ensuite à l’hôpital une fois sa déposition faite, et là, j’entre avec elle pour l’examen et les soins. J’entend que le gynécologue de garde confirme ce que je craignais. Elle souffre de graves déchirures, mais la souffrance psychologique est encore bien plus grave. Le médecin en face est pourtant rassurant, plein de compassion, de compréhension. Ca fait du bien de tomber sur ce genre de gars, surtout dans une telle situation. 

Je vais ensuite dans une officine afin de prendre la prescription qui été faite à Julie, à savoir des benzodiazépines, des somnifères, des antibiotiques à large spectre pour éviter les IST et un traitement post exposition pour se prémunir contre le HIV. 

Julie pleure désormais énormément dans ma voiture, mais, même si j’ai vécu la même chose, je n’ai pas les mots. Car les mots peuvent penser les maux, mais aussi les aggraver, donc je choisis de garder le silence, par respect pour sa douleur. Je me contente juste d’un « Ce n’est pas de ta faute, je suis là, je te comprend et je te crois ». 

Nous arrivons à Versailles, au domicile de Julie, et dans d’autres circonstances, je me serais sans doute extasiée devant un si bel intérieur. Je vais à la cuisine pour lui préparer un thé plein de sucre, le chaud et le glucose réconfortent toujours, du moins un peu… 

Je culpabilise de devoir la quitter, car je dois absolument commencer mes courses, mais elle m’assure que Christelle, qui est d’ailleurs notre voisine, viendra après son service pour dormir avec elle. C’est d’ailleurs cette dernière qui a présenté Julie et Zohra, ainsi qu’à moi par la même occasion. 

Ca va, nous sommes un lundi et il n’y aura pas trop de gens éméchés, c’est bien pour cette raison que je n’exerce plus le samedi soir. Trop de mecs bourrés qui, quand il voient une gonzesse, pensent que je suis fournie avec la course. Face à mon refus, il y en a même un qui a tenté de m’étrangler depuis la banquette arrière. Quand il s’est pris un coup de taser, que je garde toujours à proximité, il a moins rigolé. Il était tout simplement tétanisé, et j’en ai profité pour le descendre du véhicule et en lui mettant quelques coups de pied dans les côtes. Quelques hématomes lui passeraient l’envie de recommencer. 

Vers les coups de minuit, je reçois une course pour le bar chez Jean-Louis jusque dans le XIVème. Tiens, c’est justement là que bosse Christelle. Je charge un gars grassouillet et bien beurré. Mais qu’est-ce que je déteste ces hommes qui ressentent le besoin de boire comme des trous! 

Il me fait une remarque, me disant que je suis charmante et qu’il apprécie beaucoup les maghrébines au lit. J’allume mon taser et envoie une étincelle dans le vide. « Ca te dit de faire des étincelles avec ta bite? ». C’est peu ou prou la réplique que j’ai vu dans un film avec Marie Laforêt et Jean Paul Belmondo et qui m’a bien faite rire! Le gras du bide se décide à se taire et je le dépose à son domicile. Il me mettra sans doute une étoile demain en se réveillant, arguant que le service se perd. Pas grave, comme si cela changeait quelque chose à notre charge de travail et à notre chiffre d’affaire! 

Allez, c’est bon pour ce soir, je crois que j’en ai assez entendu. Je me décide à rentrer, et je trouve ma cousine endormie. Son boss l’a faite cravacher jusqu’à pas d’heure, tout en sachant pertinemment qu’elle n’est que stagiaire et qu’elle est payée à la fronde chez Phonetel. 

Ce soir, je suis particulièrement déprimée en rapport des événements qu’a subi Julie, mais aussi de la réflexion que j’ai ramassé lors de ma dernière course. Je mange la salade composée faite par ma cousine, puis je me met au lit, en lisant sur mon téléphone le blog d’une consœur de Zohra, Chlotilde Rastignac. Si elle devait parler de tous ces sales gars qui nous blessent et nous salissent, les appelleraient-elle des connards ordinaires? 

Partie 7

 » Les recherches montrent que, bien que la plupart des femmes pensent qu’elles ne tolèreraient jamais la violence, il faut en moyenne trente-cinq actes de violence avant qu’une femme ne signale son partenaire à la police ». Gillian Anderson

Je me réveille, il est 7h30, nous sommes un lundi. Je me dirige vers la cuisine spécialement créé par Sarah Lavoine, comme tout le reste de mon loft de 350 mètres carrés en plein cœur du VIIIème arrondissement de Paris. Je me fais couler un café et je contemple, satisfait, le fruit de ma réussite. Je m’appelle Rémy et j’ai 44 ans. Je suis le fondateur et P.D.G de l’application Herbert, et par la suite de Herbert Eat. 

J’ai fondé cette entreprise lorsque j’ai vu que les gens voulaient de plus en plus se déplacer en voiture, sans pour autant en posséder une. J’ai massacré les prix des chauffeurs de taxi, qui étaient jusqu’alors en situation de monopole, j’ai fait un maximum de publicité, tant pour les conducteurs que les clients, puis j’ai créé un besoin chez des personnes qui, jusqu’ici, n’empruntaient pas de taxi. Ne rêvez pas, ce ne sont pas des salariés, ils sont tous en statut auto-entrepreneur, possédant tous leurs propres véhicules, en assumant ainsi les coûts, et payant aussi leurs propres charges telles que l’URSAFF. C’est aussi ce que j’ai fait lorsque j’ai mis en relation des établissements de restauration rapide avec des livreurs, possédant, eux aussi, leurs propres véhicules, et payant leurs propres taxes. 

Certains m’accusent de plonger des travailleurs dans la précarité, parlant ainsi d’Herberisation de la société, mais je me vois plutôt comme un sauveur, car je fais baisser à moi seul le taux de chômage. Et qui embaucherait un immigré sénégalais, afghan ou pakistanais? Il faut dire que je ne suis pas très regardant sur les cartes de séjour, et je sais pertinemment que certains se prêtent entre eux les licences de V.T.C ou les téléphones afin de livrer des repas. Dans tous les cas, ce sont 25% de commission qui sont prélevés sur chaque course ou chaque livraison. Quelle idée de génie j’ai eu!

Par contre, ma vie privée n’est pas au beau fixe. Tout le monde pense que je suis malheureux depuis que ma femme Anaïs s’est tirée avec un des directeurs de chez Atomics. Ok, il roule en Ferrari, mais j’ai cinq Lamborghini dans mon garage! Ok, il a une magnifique villa au Maroc. Juste comme ça, je possède un chalet à Megève, ainsi qu’une maison à Miami, un loft à New York, un autre à Tokyo… Que lui a-t-elle trouvé que je n’ai pas? 

D’autant plus que cette pute, comme si ce n’était pas suffisant, a réussi à m’extorquer 5 millions d’euros en se barrant. Comment? Elle m’a menacé de déposer plainte et a exigé quelques parts de ma société afin de les revendre, donc j’ai du céder. Depuis les nouvelles lois… Pourquoi? Elle voulait m’accuser de violences conjugales. Oh ça va! 

 Lorsque j’ai rencontré Anaïs, c’était une rêveuse. Elle a fait des études de de droit pénal, puis a passé le Barreau à Issy-Les-Moulineaux, qu’elle a réussi haut la main. Madame voulait défendre les nobles causes, la veuve et l’orphelin. Est-ce que c’est avec ça qu’on fait bouillir la marmite? Encore si elle avait été affairiste ou fiscaliste, je ne dis pas, mais là… Ainsi, quand mon business a commencé à vraiment bien tourner, je lui ai dit d’arrêter de bosser. Est-ce que c’est en partant tôt le matin et en rentrant tard le soir que l’on arrive à faire un fils à son mari? Même ça, elle n’a pas réussi à me le donner, elle n’est jamais tombée enceinte… 

Il est vrai que j’ai toujours été quelque peu autoritaire avec elle, mais c’est dans ma nature. N’est-ce pas à ça qu’on reconnait un vrai mâle alpha? Si on se sait pas se faire respecter au sein de son propre foyer, où va-t-on réussir à se faire entendre? Et puis, elle n’avait pas à se plaindre, elle avait des sac Birkin Hermès dans chaque coloris, des robes Yves Saint Laurent de toutes les formes, allait se faire coiffer chez Carita, possédait une Porsche 911 Carrera… Toutes les femmes devaient l’envier… 

Mais il faut croire que cette ingrate ne s’est pas contentée de ce que je lui offrais, puisqu’elle est partie avec un autre. Le prétexte? Les violences conjugales. Maintenant, les bonnes femmes ont cet argument à leur avantage. Quoi? Quand on ne veut pas se faire corriger, on se conduit correctement face à son mari, sinon, il ne faut pas s’étonner. Quand je rentrais fatigué de mes journées de boulot, Madame faisait la gueule pour un prétexte ou un autre, comme du rouge à lèvres trouvé sur une de mes chemises. Ce jour-là, elle l’a bien senti passer, et le lendemain, elle n’était pas visible avec sa bouche ouverte. Mais au moins, elle avait appris qu’il ne fallait pas me prendre la tête avec des futilités. Je ne lui demandais même pas de me faire à manger ni de faire le ménage, puisque nous avons du personnel pour cela. Juste de me satisfaire  et de ne pas me déranger quand je suis crevé. 

Quand j’étais enfant, nous avons toujours appris qu’il ne fallait pas déranger mon père quand il rentrait du boulot, et je l’ai vu aussi parfois corriger ma mère qui s’y aventurait. Elle a divorcé pour ça? Non. Les femmes d’avant étaient plus solides et plus attachées à leur mariage. Aujourd’hui, elles ne sont bonnes qu’à l’ouvrir. Je t’en foutrais des féministes, moi tiens! Féminazis oui! 

C’est comme la fois où elle a pris un somnifère pour dormir, alors qu’elle savait très bien que, lorsque je rentre de voyage d’affaire, je souhaite avoir un rapport sexuel. Elle s’est réveillée alors que j’étais en train de faire mon affaire, et s’est mise à pleurer avec son petit air horrifié. Le lendemain, elle a évoqué le sujet en me parlant de viol. Quoi? Viol? Nous sommes mariés, tu vis sous mon toit, et c’est moi qui t’entretiens, donc, non, il n’y a pas de viol! Tu crois que ça m’a plu de baiser une morte, peut-être? Elle n’a plus jamais évoqué le sujet quand je lui ai plongé la tête dans l’évier rempli d’eau froide. Au moins, ça lui a remis les idées en place, à cette tête de linotte. 

Et comme remerciement pour tout ce que je lui offert, je suis rentré un jour et elle avait pris toutes ses affaires; son numéro n’était plus attribué. J’ai engagé un détective, un des meilleurs, qui a alors retrouvé sa trace au Maroc, chez ce trou du cul de chez Atomics. Quelques temps plus tard, j’ai reçu un courrier, avec les photos des traces de coup qu’elle portait après chacune de mes corrections, des certificats de médecins légistes, notamment pour le rapport sexuel quand elle pionçait, et une missive avec les articles de loi se référant à chaque cas, et un autre paragraphe m’expliquant la marche à suivre. Elle voulait me couler la gueule, cette grosse salope! Je n’ai pas eu le choix, je devais casquer.

Surtout, qu’avec Metoo et la médiatisation de ma boite, pas toujours pour des bonnes raisons d’ailleurs, c’était un coup à me faire faire faillite! 

Je prend un de mes splendides véhicules que je bichonne toujours avec affection, pour me rendre au bureau. J’ai racheté il y a peu un immeuble à la Défense afin de poursuivre l’expansion de Herbert et je n’en suis pas peu fier. Notre société est très moderne, embauchant, même dans nos locaux, femmes et personnes de couleur sans discrimination aucune. 

Et puis, j’aime bien la vue des petites secrétaires blacks qui s’affairent autour de moi. J’ai toujours adoré les femmes blacks, je trouve qu’elles savent mieux y faire au lit. Oh, pas au point de me marier avec, car il faut s’afficher avec une nana de couleur ensuite. Socialement, ce n’est pas terrible. Et puis, ces gens-là doivent rester entre eux, ils sont moins intelligents que nous, c’est indéniable,. Quant à avoir un gosse métis, non merci! Mais baiser avec, quelle plaisir, elles sont tellement chaudes au lit! Et je sais toujours les remercier avec un petit cadeau de chez Vuitton ou Dior, elles sont reconnaissantes, pas comme les blanches qui, à force de tout avoir, ne savent même plus remercier leur bienfaiteur. 

J’arrive dans mes locaux, et je gare mon bolide. Je vais aux toilettes, et je constate que, dans la salle de repos qui sépare les lieux d’aisance des hommes et des femmes, quelqu’un a mis des serviettes hygiéniques. Non, mais c’est quoi cette horreur? On en est là? Doivent-elles réellement nous exposer leurs ragnagnas? Elles n’ont même plus ni respect, ni pudeur! Ce sont aussi MES chiottes, c’est moi qui ait fondé cette boite, donc il est hors de question que ce genre de chose soit au vu et au su de tout le monde chez MOI! Je sors de là en poussant une gueulante du diable, histoire de remettre les idées en place à ces pétasses! 

Sur les coups de midi, je sors pour aller déjeuner avec un de mes collaborateurs. C’est ainsi que l’on doit appeler désormais ses subalternes, modernité oblige. C’est un jeune gars de cité d’origine guadeloupéenne, un black quoi. Il est béat d’admiration devant moi, et m’est très reconnaissant  de l’avoir embauché. C’est pour les quotas que je le fais, je dois bien l’avouer, et que les différents articles de presse me soient favorables. Non, parce qu’il fait bien l’avouer, ils sont généralement plus lents et toujours en retard! Non, mais on ne  fabrique pas de montre chez eux, ou quoi?

Après ce déjeuner, je reçois un appel de mon meilleur ami Eric Tarba. Il me fait chaud au cœur quand il me raconte ses histoires de cul! Là, il s’est tapé ce midi une jeune chatte du nom de Julie, et je l’admire beaucoup pour son succès envers les femmes, on peut dire qu’il ne s’en laisse pas compter! Et sa femme Karine lui est tellement fidèle et dévouée. Je l’envie pour cela aussi, d’avoir su construire un foyer avec une épouse admirable, des gamins parfaits, des aventures sexuelles à profusion… Certes, il gagne moins d’argent que moi, mais il a su avoir ce que je n’aurais sans doute jamais, il a tiré le bon numéro avec sa femme. Il a su aussi un peu la raisonner et ne pas la laisser aller trop loin dans les études, juste ce qu’il faut pour ne pas s’afficher avec une conne, mais point trop n’en faut pour qu’elles sachent où se situe leur rôle et qu’ils ne leur poussent pas trop des ailes au cul et des désirs d’indépendance ou de dispersion. Sinon, qui va s’occuper de la baraque et des enfants? Elles sont destinées à cela après tout, quand même merde!

Je me connecte sur le site sexepoubelle.com et je mate pour savoir si je ne pourrais pas me taper une pute ce soir. Eric me propose d’aller boire un coup chez Jean-louis avec les autres potes de l’école de commerce, mais je n’ai plus trop le cœur à cela depuis que l’autre salope a demandé le divorce. Et puis, désormais, je m’aperçois bien que je n’appartiens plus à la même catégorie sociale qu’eux, et ça en devient gênant…  Je suis devenu un homme d’affaire, après tout, tandis qu’eux se contentent de leur petite réussite, de leur petite carrière de petits notables.

Je me sors de mes pensées et continue à observer une peu plus attentivement le site, une petite beurette m’intéresse bien, elle répond au pseudonyme de Kendra, mais après un bref échange, elle m’explique qu’elle n’est pas disponible. Ah oui? Mais ma petite, tu as choisis de faire la pute, donc tu dois te rendre disponible quand JE le décide, et si tel n’est pas le cas, je te ferais un commentaire qui te fera repasser l’envie de refuser des clients! Non mais! Je ne paye pas pour me plier à l’emploi du temps d’un petit tapin. Sinon, tu fais autre chose, mais tu n’en as certainement pas les capacités… J’en sélectionne une autre que j’irais visiter le lendemain. Ce que j’adore leur faire, c’est leur jeter le fric par terre afin de les obliger à ramasser. Ah, ce que l’argent peut offrir, c’est incroyable! Une s’est amusée à rebeller, je lui en ai collé une, elle n’a pas demandé son reste. Il faut sélectionner les étrangères, elles n’osent pas faire de grabuge de peur de se faire virer de leur appartement, et elles n’osent pas non plus aller déposer plainte, de peur de se faire expulser. 

Je me décide à reprendre ma splendide automobile afin de rentrer chez moi, il est encore tôt, mais ma cuisinière est en train de préparer à manger, je ne pousse pas le vice jusqu’à commander sur Herbert Eat, c’est généralement de la junk food infecte et très mauvaise pour la santé. Mon employée de maison me concocte des plats sains et diététiques. Il faut dire que les sénégalaises ont le don pour être de bonnes cuisinières. Si elle continue sur cette voie, peut-être que l’année prochaine, je lui ferais une promesse d’embauche afin qu’elle puisse régulariser sa situation, mais le fait qu’elle soit sans-papier me permet d’avoir un certain pouvoir sur elle, et j’ai peur que, dès que sa situation soit régularisée, madame devienne exigeante. Il ne manquerait plus qu’elle me sorte le Code du travail comme argument, tiens! 

Pour me détendre, je vais me mater un petit porno dans ma salle de cinéma privée. Cela me fait penser que certaines actrices réclament désormais des droits pour avoir des conditions plus dignes. Et dire que j’ai manqué, à un moment donné, investir dans cette industrie…. Mais, si maintenant, même les grosses salopes qui montrent leur cul réclament justice, où va-t-on? Certains producteurs se sont même fait accuser de viol dernièrement. Comme si on pouvait violer une actrice X, comme si une pute pouvait arguer sur le consentement. Une mère de famille respectable, en dehors du lit conjugal, certes, mais sans doute pas ce genre de trainées! 

Je me lève pour aller me laver les mains dans mon immense salle de bain en marbre, puis j’enfile mon pyjama Versace avant d’aller me glisser dans mon lit. Les potes m’appellent du bar en face time pour me montrer en arrière plan les gros nibards de Christelle, la barmaid. Tiens, elle sourit toujours autant celle-là. Elle est bonne, certes, mais elle le serait un peu plus avec un visage plus aimable. Une fois, je lui avais même filé un billet de 100 euros, pour qu’elle sourit un peu plus. Elle les avait accepté, mais ne s’était pas déridé pour autant. Je m’en étais plaint au patron,; Jean-Louis en personne, qui s’était contenté de hausser les épaules. Un vrai bonhomme sait gérer ses employés, merde, surtout quand il a des femmes en face! 

Après cette journée  ennuyeuse, je dois bien le reconnaitre, je vais un peu rigoler en allant sur le blog d’une pute que j’ai découvert sur le site sexepoubelle, elle aussi. Elle écrit bien, mais j’ai envie de la tabasser avec ses idées de feminazis de merde, mais je ne m’y aventurerais pas, car c’est le genre à se rendre directement au commissariat le pplus proche pour une simple gifle. Et comme c’est une française.. Je suis certain que si elle parlait de moi, elle me nommerait un connard ordinaire. 

Partie 8

 » L’admission des femmes à l’égalité parfaite serait la marque la plus sure de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain ». Stendhal

Je me réveille, il est 7h30, nous sommes un mardi. Je me dirige vers la cuisine de la maison que je viens d’acquérir à Meudon. J’en suis tombée amoureuse dès que je l’ai vu, et elle me semble beaucoup plus chaleureuse que le loft que j’habitais auparavant dans le VIIIème arrondissement de Paris. Je vivais encore il y a moins d’un an avec celui que je considère désormais comme non seulement mon ex mari, mais aussi comme mon bourreau et mon tortionnaire. Je m’appelle Anaïs et j’ai 43 ans. 

Je suis avocate pénaliste et, lorsque j’ai prêté serment il y a un peu plus de quinze ans, j’ai promis de défendre toute personne afin qu’elle puisse avoir droit à la justice et à un procès équitable. Je ne m’attendais pas moi-même à ce que parfois cette idée de justice soit  remise en cause selon que l’on soit puissant ou misérable, inconnu ou célèbre, mais aussi homme ou femme. En théorie, de belles lois ont été pondues, mais en pratique, elles ne sont pas  appliquées. On voit rarement un homme violent envers sa conjointe ou son ex conjointe écoper d’une peine de prison ferme, un violeur être condamné (seulement 14, 7% des viols enregistrés par la police, et 0,6% des viols déclarés chaque année). C’est ce que je m’efforce, à mon petit niveau, de changer.

J’ai moi-même été victime de la violence conjugale, d’un mari violent, qui m’a tabassé et violé. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai pris des gifles, des coups de poing, mais aussi des insultes et des menaces, car j’ai eu le malheur de ne pas agir comme il le souhaitait. Il y a eu aussi cette fois où…

Cette fois où il est rentré de voyage d’affaire et où j’avais pris un puissant somnifère afin de ne pas le voir, ni l’entendre, de ne pas avoir à le supporter, et où il m’a imposé un rapport sexuel par la force, malgré mes larmes et mes supplications. En droit pénal français, le viol conjugal est condamné depuis 1992, et c’est même une circonstance aggravante. Mais, dans les faits, le droit est rarement appliqué, car les juges savent très bien que c’est très complexe à prouver, donc on estime que la femme peut mentir pour régler ses comptes. Là où la femme devrait se sentir le plus en sécurité, à savoir dans son propre foyer, c’est là, finalement, où elle est le plus exposée.

Et puis, un jour, j’en ai eu marre et je me suis barrée. Marre de risquer ma vie, marre d’être considérée comme un objet, marre d’être cocue jusqu’aux yeux, marre de ne plus aimer le monstre avec qui je vivais. Car, comment aimer celui qui vous a fait souffrir, et physiquement, et psychologiquement? 

J’ai profité que mon meilleur ami, Thierry, avait une maison au Maroc pour partir là-bas pendant quelques temps. Il a un haut poste chez Atomics et ses actions lui ont permis d’y acquérir une superbe villa. Ce gros con de Remy a cru que je me le tapais, pfff. Ca n’a jamais été le couteau le plus aiguisé du tiroir, ni le pingouin qui glisse le plus loin sur la banquise…

Je vais dans mon dressing et je choisis une tenue avec plaisir, car je peux enfin enfiler des vêtements qui me font plaisir, sans avoir à me soucier de faire plaisir à un gros con pour qui mes sapes devaient être absolument féminines. Désormais, un jean et des boots avec une chemise blanche font amplement l’affaire. 

Je me met en route vers mon cabinet que j’ai pu acquérir grâce à l’argent que j’ai pris à Rémy. Non pas qu’il me l’ait filé de bonne grâce, mais il n’avait pas le choix quand je lui ai communiqué les preuves que je possédais contre lui, et il a vite compris que j’étais capable et d’alerter la presse et d’aller jusqu’au procès. le patron de Herbert, un violeur! Ca lui aurait fait une bonne publicité, tiens! Il va de soi que je m’en suis voulue d’avoir négocié le fait d’avoir été victime d’un crime contre du fric, mais c’était le prix de ma liberté. 

Je suis en train de penser aux dossiers que j’ai en cours tandis que j’enfourche mon tout nouveau T-Max, bien plus pratique dans les bouchons que ma Porsche que j’ai d’ailleurs revendu. 

Alors, nous avons Christelle pour qui je dois renégocier la liberté surveillée afin qu’elle puisse de nouveau bosser en Free-lance. Je suis très optimiste, car elle a prouvé depuis son précédent procès qu’elle était de bonne volonté. Nous avons ensuite Hassana pour qui je dois plaider afin qu’elle obtienne sa carte de séjour. Ce ne sera pas simple avec les nouvelles lois sur l’immigration, mais comme elle a été victime d’un mariage forcé, d’un viol et que sa famille risque de vouloir en découdre avec elle, je pense que ça va bien se passer, d’autant plus qu’elle souhaite rentrer en internat de médecine, afin d’obtenir son doctorat, et que nous manquons cruellement de toubibs sur le territoire, ce sera un argument auquel le Tribunal administratif et la Préfecture seront sensibles.

Mais aussi, j’ai désormais un dossier plus complexe  à gérer sur les bras, c’est celui de Julie, cette petite versaillaise qui a subi un viol sous G.H.B hier. Elle a eu de bons réflexes en se rendant directement au commissariat puis à l’hôpital pour se faire examiner. Il faut dire que Zohra, l’ancien modèle prono que j’ai défendu il y a quelques années de cela, était là pour la conseiller. C’est d’ailleurs elle qui m’a envoyé son amie Christelle, puis sa cousine Hassana. Il faudra que je pense à lui prendre quelque chose, un vêtement ou autre pour la remercier. Elle a de la suite dans les idées, cette gamine, et je sais que, lorsque son alternance sera terminée, elle risque de se faire une excellente place dans le monde du travail, si elle n’ouvre pas carrément sa propre boite. 

J’arrive au cabinet et je pense à la personne que j’aime. Ce gros con a vraiment cru que je me faisais sauter par Thierry! Je n’en reviens toujours pas! Comme si on ne pouvait pas avoir un ami sans écarter les jambes! Remarque, pour lui et sa bande de potes à la con qui ne pensent qu’avec leurs bites, c’est impensable, forcément. Mais, il est vrai que j’ai quelqu’un. Cette personne vit encore maritalement, mais, lorsque je l’ai eu hier au téléphone, sa décision était claire sur la procédure de divorce qui allait bientôt être entamée. 

La gueule que va tirer Rémy quand il va savoir avec qui je suis en couple! Mais ce ne sera pas le seul d’ailleurs chez les gros cons, car j’en connais un autre qui va tomber raide. Ah cet empaffé d’Eric va bien s’écrouler quand il va se rendre compte que, non seulement Karine a aussi quelqu’un, mais qu’elle est homosexuelle, tout comme moi d’ailleurs! Et oui, celle que j’aime est Karine! Faudrait-il forcément avoir des critères pour être lesbienne? Une side-cute? Fumer des cigarillos? Se saper comme un mec? Et bien non! Il n’y a que des gros cons de machos pour penser ainsi. Et croyez-moi, ils n’ont rien vu venir. 

Ainsi, d’ici la fin de la semaine, Karine fera une séparation de corps, puis quittera le domicile conjugal. Comme ça, Eric aura tout loisir d’aller sauter des gamines tous les midis! Et nous ne sommes plus il y a un siècle, on n’enlève plus la garde des enfants à un couple homosexuel ,surtout lorsque l’autre conjoint se préoccupe tellement peu des rejetons, nous avons déjà toutes les attestations. Quand à moi, il me vient parfois des désirs d’enfanter auprès de Karine. J’ai toujours voulu être mère, mais je ne le voulais pas auprès de mon connard d’ex mari! Comment vouloir faire grandir un enfant dans un climat de violence et de haine? C’est bizarres d’avoir deux mamans? C’est mieux ça que de le voir grandir auprès d’un couple conventionnel dans la peur et le sang. C’est bien pour cela que je prenais la pilule, et que l’autre raclure ne s’en est même jamais aperçu. 

Et mon cabinet commence à bien tourner, j’ai aussi fait quelques investissements immobiliers et boursiers quand j’ai raflé des millions en me barrant, donc tout roule. Je suis heureuse comme je ne l’ai plus été depuis longtemps. Ce serait donc le moment de devenir mère à mon tour, sans que la société n’ait fait pression sur moi. Ce sera comme je veux, quand je veux et surtout avec qui je veux. 

Mon téléphone sonne, c’est la petite Julie. Je lui répond, elle est dans une colère noire. Christelle qui a dormi chez elle hier soir, a réussi à identifier qui se cachait derrière le violeur de Julie. Oh merde, ça c’est une drôle de connerie, et ça risque de la mettre en porte à faux avec les flics, car c’est une entrave à l’enquête, mais bon, ça se plaide… QUOI?!?!?! WHAT THE FUCK!!!!!!!!

Ce n’est pas possible, je suis atterrée! Même si je savais que c’était une grosse ordure, je ne pouvais pas m’imaginer qu’il était capable de cela! Je pense que Karine ne va pas vouloir attendre la fin de la semaine pour partir en apprenant cela. Eric Tarba, le mari de Karine, mais aussi le patron de Zohra, est donc un violeur? Et visiblement, Christelle a réussi à remonter pas mal de mails, et il n’en est pas à son coup d’essai. C’est même ce qu’on appelle un violeur en série, et il sait très bien se procurer et manipuler la drogue du violeur. 

Il faut absolument que je le dise à ma bien-aimée, même si je ne sais pas trop comment m’y prendre. Je l’appelle, je le lui explique calmement, elle me connait bien désormais, et sait que je ne suis pas capable de mentir, surtout pas à elle, encore moins sur un sujet aussi grave. Elle me dit qu’elle va prendre son après-midi auprès de son employeur, aller chercher les enfants à l’école, passer chez elle ramasser des vêtements et surtout tous les papiers importants… Et viendra dans la foulée s’installer chez moi. Elle ne se sent désormais plus en sécurité auprès de ce fou dangereux! 

Je dis à Julie, qui est tout de même ma cliente, de ne rien faire, que je vais communiquer la situation au Procureur, qui est un ami à moi, sans pour autant lui dire comment j’ai eu les informations. Oui, ce n’est pas très recommandable d’agir ainsi, mais je n’ai pas envie non plus de laisser un violeur qui peut potentiellement recommencer à tout moment courir les rues. 

Malgré tout, je ne peux m’empêcher d’être heureuse de savoir que je vais aussi retrouver la femme de ma vie ce soir et ce, jusqu’à la fin de nos jours, j’en suis certaine. Je m’entend aussi très bien avec ceux qui me surnomment Nana. Leur mère leur a fait part de la situation il y a quelques temps déjà, leur demandant de garder le secret. Luce était heureuse de voir sa mère épanouie. Quand au merveilleux petit Paul, son seul souci a été de savoir s’il pourrait emporter son vélo. Le pauvre petit bout… J’irais lui en racheter un chez Décathlon dès samedi, un peu plus beau, un encore plus rapide… Je les adore, ces gosses. 

La journée file bien, d’autant plus que je ne dois pas plaider aujourd’hui. Heureusement, car je n’ai pas vraiment ni l’esprit, ni le cœur à cela. Car oui, je met tout mon cœur dans chaque plaidoirie. 

Je rentre chez moi et je retrouve l’élue de mon cœur qui va désormais vivre avec moi. Ce sera chez nous. Par contre, je la vois en train de faire à manger. Ce n’est pas que ça me déplait, car elle cuisine bien, mais nous allons devoir nous organiser afin d’assurer un partage équitable des tâches. Je ne souhaite pas avoir une femme de ménage à la maison, mais une compagne de vie! Moi aussi, j’ai fait les frais de la violence conjugale, et je ne tiens pas, ni à prendre l’ascendant sur elle, ni à ce qu’elle le prenne sur moi. Et à mes yeux, la violence commence ici, à se servir de l’autre comme d’un domestique. 

Bon ok, fais à manger, maintenant que tu as commencé, je vais aller aider les deux monstres à faire leurs devoirs, d’autant plus que Paul peine un peu en lecture. Je lui ai appris à décomposer les mots, ça va un peu mieux depuis. 

Après manger, nous regardons tous un film ensemble, car demain c’est mercredi, donc pas classe. Ok, je suis nulle en cuisine, mais je sais faire des chocolats chauds avec des boules de glace à l’intérieur. Ils se moquent tous gentiment de moi en me disant que ce n’est pas vraiment de la cuisine. Ils abordent le sujet d’avoir un chien. Pourquoi pas? Nous avons un jardin désormais, et ce sera un pied de nez à Eric et Remy qui détestent les animaux! 

Les enfants vont au lit après le film, puis Karine souhaite que nous allions nous coucher. Je déverrouille tout de même ma tablette, afin de lire le blog d’une amie à moi qui est escorte. Elle se fait appeler Chlotilde Rastignac, mais je connais son identité véritable… Il faudra que je pense à lui téléphoner afin qu’elle raconte sur son blog qui sont les connards ordinaires et le nombre de victime qu’ils occasionnent. 

FIN

Note de l’auteur:

Cette histoire en huit épisodes n’est que le fruit de mon imagination. Cependant, elle a été inspirée de faits réels. Il va de soi que, bien que féministe, je ne suis pas extrémiste au point de penser que la solution aux maux des femmes soit l’homosexualité. Je me définis moi-même comme étant hétérosexuelle. Mais il fallait bien y mettre une petite intrigue!

Par contre, ce qui est réel, c’est que, tout comme Karine, ce sont sur les épaules des femmes que pèse la charge mentale de s’occuper du foyer et des enfants, tout en menant, dans la plupart des cas, elles aussi, une carrière. 

La jouissance féminine reste encore trop souvent optionnelle dans le couple, certains hommes n’ont même jamais demandé à leur épouse/ compagne ce qui leur faisait plaisir sur ce plan, mais s’étonnent du manque d’entrain à pratiquer le sexe. Il faut aussi savoir que le manque ou l’absence de rapports sexuels est encore une faute civile en cas de divorce, ce qui est scandaleux à mes yeux, car on ne devrait jamais se forcer à avoir des rapports sexuels. 

Tout comme Zohra, beaucoup de modèles sur les réseaux sociaux subissent harcèlements et violences morales, ce qui peut sembler totalement paradoxal, car ce sont les mêmes personnes qui vont utiliser ces supports afin de se masturber dessus. Les travailleuses du sexe, de manière générale, subissent chaque jour des agressions, qu’elles soient physiques ou verbales. Elles sont légion et il ne se passe pas un jour sans qu’un fait de ce type ne soit à déplorer sur nos blacklistes. 

Les femmes dites « racisées » subissent bien plus de discriminations, non seulement de par leur genre, mais aussi de par leur origine ethnique. 

Tout comme Julie, 34 300 femmes ont subi un viol en France en 2021. ET encore, ce sont uniquement celles qui ont osé déposer plainte. Une femme sur trois a subi ou subira une agression sexuelle au cours de sa vie. Il faut savoir que, dans 74% des cas, ce sera par une personne de son entourage. Les chiffres sont à revoir à la hausse quand on sait qu’il est plus difficile moralement d’aller déposer plainte contre un proche. Dans les faits, ce seront seulement 0,6% des coupables qui écoperont d’une peine de prison ferme. C’est pourquoi proférer l’argument de fausses accusations, ainsi que la tenue vestimentaire comme cause est non seulement ridicule, mais aussi scandaleux. 

Tout comme Christelle, les femmes, à compétence, expérience, diplôme et poste égal, sont payées en moyenne 25% de moins. Malgré la loi, elles sont aussi nombreuses à subir le harcèlement sexuel au travail. Pourquoi se taire? Parce que le marché de l’emploi étant ce qu’il est, il leur est ensuite difficile de retrouver un emploi et de ne pas se faire griller dans la branche dans laquelle elles exercent. 

Le harcèlement sexuel est aussi très fréquent dans les transports en commun et nous devons éviter de les prendre le soir ou avec certaines tenues vestimentaires, sous peine de subir des invectives, des attouchements non consentis, des coups en cas de manifestation de mécontentement de notre part, voir des viols. 90% des femmes qui empruntent ces transports déclarent avoir subi au moins une agression sexuelle.

Tout comme Hassana, ce seront environ 12 à 15 jeunes filles qui subiront le mariage forcé en France. Cela peut sembler ridiculement bas, et pour cause… Combien osent vraiment se manifester? A travers le monde, c’est une femme sur trois qui est mariée contre son gré, et cela est imposé notamment à 25 000 petites filles chaque année. Je n’évoque pas non plus l’excision dans mon histoire, mais cela concerne environ 800 fillettes chaque année, rien que sur le territoire français. Certains me rétorqueront que c’est une tradition, quand je n’y vois qu’une grave mutilation, une barbarie. 

Tout comme Anaïs, Ce furent, en 2019, 213 000 femmes qui ont subi des violences conjugales de la part de leur conjoint ou ex conjoint. Et encore, ce sont uniquement celles qui ont déposé plainte, donc les chiffres peuvent être revus à la hausse. En moyenne, chaque année, 130 femmes trouveront la mort sous les coups de leur conjoint ou ex conjoint. Concernant le viol conjugal, comme l’ont subi Anaïs, mais aussi Hassana, ce seront de nombreuses femmes en France qui le subiront. Dans la théorie, il est condamnable depuis 1992, et c’est même une circonstance aggravante. Mais, dans la pratique, peu de femmes osent ici aussi déposer plainte et il reste très difficile à prouver. 

In fine, pourquoi je continue à être féministe? Vous avez les raisons ci-dessus. Est-ce qu’être féministe, c’est être contre les hommes? Non. C’est vouloir vivre dans un monde équitable où aucune femme n’aura à subir une quelconque violence du seul fait de son sexe. Nous sommes une minorité qui est en fait une majorité d’ailleurs. Suis-je une « féminazi »? Vous savez ce que fut le nazisme? Donc n’insultez pas les personnes qui en ont été victimes. Par ailleurs, le projet n’est pas de vous enfermer dans des camps de concentration, ni de vous gazer, donc, à ceux qui emploient cette expression, je leur adresse un gros « TA GUEULE! ». Pour les autres, nous pouvons continuer ce combat main dans la main, qui ne vous enlèvera aucun droit, mais qui en accordera plus à vos sœurs, vos épouses, vos mères et vos filles